F1 - Le Film
6.3
F1 - Le Film

Film de Joseph Kosinski (2025)

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Clairement, le budget du film nous saute à la gueule. La BO très luxueuse rend encore plus épiques les scènes de course brillant déjà par le montage et la dynamique de la caméra. La maîtrise technique est indiscutable, on prend plusieurs claques et c'est très agréable a regarder.


Ceci étant dit, bah c'est quand même un peu de la merde.


Brad Pitt joue LE héros du cinéma des années 80 : solitaire, s'affanchissant de toute règle, défiant l'autorité, qui se fait justice lui-même, qui fait tomber chaque gonzesse sur son passage, et qui vient atomiser un vieux monde à la dérive trop campé sur ses positions. Contradiction par ailleurs avec l'histoire de son personnage qui - nous dit-on - a plutôt marqué les 90's (contemporain de Senna, Schumacher, etc), tout comme l'acteur Brad Pitt lui-même, décennie bien différente quant aux codes d'Hollywood : femmes fatales, lutte entre le virtuel et le réel, angoisses liées au numérique... rien de tout ça ici.


Sauf que : la différence majeure avec ce cinéma tant adoré par la génération VHS, c'est que le héros cannibalise le rôle du mentor, habituellement réservé à un personnage distinct, le gars de la vieille génération qui arrive à canaliser le jeune et prétentieux Tom Cruise dans Jours de tonnerre (Robert Duvall) ou La Couleur de l'argent (Paul Newman). Brad Pitt joue les deux à la fois, ce qui politiquement signifie tout autre chose.


Le vieil homme blanc bien burné revient de l'oubli pour venir sauver une écurie en proie aux déboires de l'époque actuelle : le pilote (noir de peau, je ne fais que constater) est en grandes difficultés, sans doute trop préoccupé par son reflet dans le miroir à l'image de cette foutue génération tiktok repliée sur son nombril. L'apparence et les sponsors avant tout. Encore pire : la bagnole, pièce la plus importante de l'échiquier, est conçue par une femme. Persuadée que la solution vient de la nature (elle s'inspire du vent chépakoi c'est pour ça qu'elle fait du vélo comme la grosse bobo qu'elle est), Brad n'hésitera pas à lui faire remarquer qu'elle fait fausse route, que la F1 c'est une affaire de couillasse, alors elle va nous faire le plaisir d'arrêter ses conneries de dame nature et revenir à la raison. C'est quand même pas son mega diplôme d'ingénieur qui va l'empêcher d'écouter les précieux conseils de Brad (et au passage lui faire une place dans son lit de célibataire).


Avec Brad et ses idées disruptives, les résultats résistent à l'écurie, autant que les loosers de la team résistent aux conseils du grand sage (qui s'est viandé en 1993 avant de mettre fin à sa carrière, rappelons-le). Alors il va faire en sorte qu'on l'écoute, au diable la bien-pensance et le respect des règles. Même la mère du jeune pilote se dit qu'après tout, Brad est quand même un peu plus intéressant que son propre fils, celui-là même qui va se faire exploser dans le décor à la seconde où il décidera de ne plus écouter le grand sage. Bah ouais mais fallait écouter aussi. T'as pas écouté. Décidément, cette génération va droit dans le mur.

Après ce qui a failli coûter la vie au jeune poulain, Brad se fait cancel, assez logiquement somme toute, après avoir mis en danger la vie d'à peu près tous les coureurs du circuit à chaque course.


Mais sans lui, c'est la merde. Il reviendra triomphant, sans que personne ne le rappelle, pour venir chercher LA victoire finale et sauver le monde. Oh, il ne cherche pas la gloire. Non. Il fait ça pour... bah pour euh... parce que c'est un héros.


Contrairement à ce que tente à moitié de nous vendre ce film, il ne s'agit en aucun cas d'un dialogue, d'une collaboration entre plusieurs générations - comme l'aurait supposé le modèle des années 80.

Pas du tout. La vieille canaille revient foutre une branlée à toute cette putain de bande de wokistes. Il vient. Il ferme des bouches. Et il repart. Voilà ce que nous raconte le film. Rien de plus. J'ai beau cherché... Le personnage de Brad Pitt n'apprend rien, à aucun moment donné. Il est figé comme une statue. C'est un mythe. Un mythe qui gagne. Quand l'Amérique was great before. Ce sont les autres qui apprennent de lui. Ça ne va que dans ce sens. Vous n'avez qu'à en prendre de la graine au lieu de tout vouloir changer tout le temps.


Après avoir remis l'Amérique tout droit, Brad ira corriger les Mexicains sur leur propre terrain. Suite logique. Ainsi va la vie dans un film produit par des GAFAM qui ne se cachent pas de prêter allégeance à l'autre fou du bus de la maison blanche.

Créée

le 23 juin 2025

Critique lue 2.5K fois

Franky Latuile

Écrit par

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37
18

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