Quand Patricia Mazuy est venue présenter Bowling Saturne, lors de sa première française, elle a été très claire et a prévenu son auditoire : son film est très noir, une véritable tragédie pour laquelle elle n'a pas hésité à pousser les curseurs au maximum. Ce n'est certainement pas la première scène (très) violente, qui intervient au bout d'une quinzaine de minutes, qui nous fera prétendre le contraire car les limites du supportable sont bel et bien atteintes. Évidemment, on s'attend ensuite à pire encore, mais la réalisatrice est trop futée pour nous "offrir" ce qui est prévisible. La construction de son intrigue, qui se dédouble, est intelligente, mais elle se base sur trop de hasards et de coïncidences pour que l'on y adhère totalement. Quel est l'objectif de Bowling Saturne, d'ailleurs ? Montrer la part animale qui est en chacun de nous ? Ou nous amener à nous interroger, de manière psychanalytique, sur ce qui réunit et oppose deux frères, l'un représentant l'ordre et l'autre le chaos, à moins que cela soit deux facettes humaines, celles du bien et du mal et aussi l'héritage d'un père ? Quoi qu'il en soit, ce film méchant est tout sauf bête et bénéficie du fait que ses acteurs principaux ne soient pas des "têtes" trop connues (Arieh Worthalter, intense, et Achille Reggiani, terrifiant), ce qui renforce notre "adhésion" à leur psychologie. Un film à ne pas mettre sous tous les yeux, avec l'impression de voir un chien dans un jeu de quilles mais avec aussi quelques lacunes narratives, et finalement moins horrible (tout est relatif) que ce à quoi l'on s'attendait.