Il faut reconnaître à Breathing In une véritable originalité.
Le film se déroule en pleine guerre, mais choisit de délaisser totalement le conflit extérieur pour se concentrer sur un huis clos réunissant trois personnages (3,5) dans une modeste cabane en bois.
Le danger ne vient alors pas des soldats ou des combats qui font rage au-dehors, mais de deux femmes en apparence frêles et inoffensives.
Ce renversement fonctionne plutôt bien dans un premier temps. Le mystère entourant les personnages m’a suffisamment intrigué pour rendre le visionnage agréable. Je voulais comprendre qui étaient réellement ces femmes, ce qu’elles cachaient et ce qu’elles attendaient du jeune soldat venu trouver refuge auprès d’elles.
Leur comportement demeure longtemps difficile à saisir, ce qui leur confère immédiatement un certain charme et nourrit efficacement l’étrangeté du récit.
Malheureusement, les archétypes finissent par devenir trop visibles. À mesure que le film avance, les rôles de chacun se précisent d’une manière assez conventionnelle et les possibilités narratives se réduisent. Une fois le mécanisme compris, il devient relativement facile de deviner la direction que prendra l’histoire. Ce qui ressemblait d’abord à un conte macabre original finit donc par emprunter des chemins beaucoup plus attendus.
Le film semble notamment vouloir parler d’un amour maternel devenu monstrueux. La volonté de protéger son enfant se transforme progressivement en une forme de domination, de manipulation et de prédation. Cette dimension, associée à une légère touche de fantastique, aurait pu donner naissance à des rapports humains particulièrement riches. Pourtant, le scénario reste souvent à la surface de ses personnages. Le lien entre la mère et sa fille, comme la relation qui se forme avec le soldat, manque de profondeur émotionnelle. C’est regrettable, car cette matière dramatique méritait d’être davantage développée.
Le contexte historique pose un problème similaire. La guerre justifie l’isolement des personnages et permet au huis clos d’exister, mais elle reste finalement très périphérique. Le film évoque les camps britanniques, la violence du conflit et les destructions causées par la guerre, sans vraiment développer leurs conséquences concrètes sur les protagonistes. La richesse historique annoncée au début est ainsi progressivement éclipsée par le mystère fantastique. La guerre devient davantage un prétexte narratif qu’un véritable élément du récit.
À cela s’ajoute une extrême lenteur.
Le film repose presque entièrement sur son ambiance, ses silences et l’attente d’une révélation. Ce choix peut fonctionner pendant un temps, mais il devient difficile de se laisser porter uniquement par le mystère lorsque l’intrigue progresse aussi peu. Le rythme étiré ne renforce pas toujours la tension et finit parfois par souligner le manque de matière narrative.
L’interprétation est également inégale. Michele Burgers se montre particulièrement convaincante dans le rôle de cette figure maternelle inquiétante, sorte de sorcière moderne aussi fragile en apparence que menaçante dans ses intentions. Sa présence donne une véritable personnalité au film. Les autres acteurs sont moins marquants, notamment en raison d’un jeu très/trop théâtral. Les dialogues paraissent souvent récités avec une solennité excessive, ce qui crée une certaine distance avec les personnages.
Il manque de l’émotion dans leurs échanges, alors même que leurs relations devraient constituer le cœur du récit.
Cette théâtralité se retrouve dans la mise en scène. Le huis clos conserve régulièrement l’aspect d’une pièce filmée, avec des déplacements rigides, des dialogues très écrits et une caméra qui peine parfois à donner de la vie à l’espace. Il serait toutefois injuste de réduire la réalisation à ce défaut. Le film possède aussi quelques véritables fulgurances visuelles. Certains plans fixes, éclairés uniquement à la bougie, sont remarquablement composés. Le travail sur les ombres, les visages et la pénombre donne alors à la cabane une dimension presque irréelle. Dans ses meilleurs moments, *Breathing In* ressemble à un tableau macabre lentement gagné par l’obscurité.
La principale force du film réside donc dans son atmosphère visuelle, la présence de son actrice principale et l’ambiguïté inquiétante qu’il parvient à installer. Sa principale faiblesse vient pourtant de ces mêmes choix. À force de cultiver le mystère, la lenteur et la théâtralité, le récit finit par donner l’impression d’être esthétiquement riche mais narrativement creux.
Breathing In reste ainsi une curiosité intéressante, portée par une proposition originale et quelques très belles images. Mais derrière son ambiance envoûtante et son conte fantastique, le film manque de profondeur, d’émotion et de surprises pour pleinement convaincre. Une œuvre dont les qualités et les défauts naissent finalement des mêmes partis pris.