Imaginez l'intrigue d'un polar des années 30/40, transposé de nos jours dans un lycée de banlieue de Los Angeles. Le privé est un lycéen mal aimé ; son bras-droit est l'intello paria ; sa copine est la blondinette qui ne l'aime plus ; ses parents s'en foutent ; son proviseur est.. Shaft à deux doigts (sur la gâchette) de la retraite !
Sa copine ayant disparu après un rendez-vous téléphonique inquiétant, Brendan l'anti-héros, mène l'enquête. Il mettra la main sur un caïd (impeccable et froid Lukas Haas, l'acteur aux 50 ans de carrière toute faite dans des seconds rôles magistraux), se fera casser la gueule par un gros-bras décérébré à souhait (Matt O'Leary), sera séduit par une vamp' tellement mutine qu'on lui donnerait volontiers le bon dieu sans pantalon (Nora Zehetner).. et parviendra à résoudre l'énigme après quelques douches de sang.
La mise en scène est à la fois étrange et caressante; la musique fait dans le jazz expérimental, mais ce sont nos oreilles qui en sont les sujets; le scénario est tordu comme un sacristain, aussi craquant, et il laisse autant de miettes et de bouts de cadavres derrière lui. Une ambiance unique pour un film à part, solide comme une brique, sauvage comme un mustang, déroutant comme une déviation qui finit dans le désert de l'âme humaine..
Et un Joseph Gordon-Levitt au sommet de sa forme, dangereux comme une grenade qui aurait paumé sa goupille, sec comme un glaçon sans whisky, tranchant comme un fil à étrangler le beurre et l'argent du beurre. Bref : une réussite "détruitonnante", que je préfère nettement aux aventures, certes intéressantes mais pas aussi intrigantes, de Benoit Blanc.