Bronson, c’est la deuxième tentative de NWR. Après l’échec d’Inside Job (que je n’ai pas encore vu), il n’était pas dit qu’il ressortirait des bas-fonds de Copenhague qu’il a su illustrer avec brio.
Charles Bronson est une célébrité en Grande-Bretagne. Ce n’est pas tant qu’il ait un talent particulier, c’est surtout qu’il est un prisonnier super relou qui n’a pas froid aux yeux et du fait de son addiction à la violence. Ici, il raconte son histoire depuis sa pas très tendre enfance dans un one-man-show corrosif.
Maniéré, le film l’est. Mais peut-être s’agit-il plutôt d’une mise en scène qui connaît l’art et cherche la manière. L’art qu’il connaît, c’est beaucoup celui de Lynch et Kubrick, un peu celui de Tarantino. La manière, c’est celle que NWR va continuellement radicaliser par la suite. Ici, c’est une ébauche et l’on repère assez précisément les plans qui nourriront la suite de son évolution. Des plans baroques, il y en a et ils sont autant à la gloire du metteur en scène que de son interprète. Tom Hardy y est exceptionnel, totalement méconnaissable en impressionnant et pathétique psychopathe. Si les angles de caméra sont obliques, le regard d'Hardy l’est aussi, souvent à la perpendiculaire. Comme un jumeau maléfique de Wes Anderson, Refn découpe et compose des tableaux millimétrés, joue sur les couleurs et les contrastes, choisit des mouvements de caméra amples et oscille entre cut sauvage et transition enchaînée. Ce choc permanent est en constante adéquation avec le personnage principal, toujours sur le fil. Ça joue avec le spectateur, celui qui est dans la salle, devant Bronson et nous, devant notre écran. Les mises en abyme sont nombreuses, que ce soit l’écran dans l’écran ou le théâtre au théâtre. Rompre le quatrième mur, n’est-ce pas le propre d’un taulard qui veut se faire la malle ? Tout ça se fait avec un humour noir ravageur et caustique, souvent désopilant. Le format contenu permet de ne jamais s’ennuyer et de maintenir un récit serré et vif.
Donc ? Si Refn sort des égouts de Copenhague, c’est pour explorer la crasse ailleurs. A vrai dire, c’est assez fascinant de voir l’évolution d’un artiste en plein travail et on pourrait tracer une ligne entre chacune de ses réalisations, retraçant le chemin parcouru. « Qui aime aimera » dis-je souvent à propos du cinéma de Refn, c’est encore vrai ici.
>>> La scène qu’on retiendra ? Il y a ce plan dans cet espèce de fight club des campagnes. C’est la naissance d’une obsession pour cette photo et ces silhouettes. Quoi qu’on en dise, c’est beau.