Je craignais un scénario alourdi par le syndrome de La Tourette et le sacro-saint respect de toutes les différences. J'ai finalement savouré une somptueuse ballade dans le New York des années 50. Brooklin est certes bien déglingué - grands chantiers d'urbanisme obligent, il faut le vider de sa population - mais savourons : les brownstones aujourd'hui si recherchés sont là, avec leurs escaliers et leurs entresols, et le pont sur l'East River, le pont de Manhattan en arrière-plan (quel cadrage!) et les clubs de jazz de Harlem...
Le jazz, la photo, le rythme, et l'on en oublierait presque les moments de violence consubstantielles au genre. Le rythme surtout. Norton prend son temps, tout son temps. Ça n'abolit pas le suspense, ça l'installe solidement et ça dessine finement les personnages principaux. La précipitation, la saccade, c'est pour les crises de tics, gestuels ou verbaux. Mais au détective affligé et motherless, la caméra de Dick Pope et la musique de Daniel Pemberton apportent toute la douceur du monde.