A trop naviguer entre deux rives délicieusement tumultueuses, Jim Sheridan s'empêche le lyrisme et l'acerbe tant une dichotomie des superficialités profondes vient émailler un récit qui n'en avait guère besoin. Hésitant entre triangle amoureux qui tente d'exister et regard sincère et critique de l'Amérique post-Bush, Brothers souffre de deux problèmes diminuant la densité émotionnelle et l'impact que l'oeuvre aurait dû avoir : d'une part les ficelles narratives sont trop épaisses, le dénouement final étant largement éventé par une mise en scène qui ne pouvait tendre que vers un épilogue sans audace, et d'autre part ces ficelles s'emmêlent de par leur multiplicité hasardeuse dénuée d'insignifiance.

Là où Sheridan est le meilleur, c'est lorsqu'il montre un Tobey Maguire captif, prisonnier avec le seul survivant de son unité après que leur hélicoptère se soit crashé en plein Afghanistan, mais également prisonnier avec lui-même. Là où il aurait pu être meilleur, c'est lorsqu'il s'intéresse à la famille du militaire inflexible en apparence, cette dernière le pensant mort, alors qu'elle tente de se reconstruire. Entre une femme rongée par le chagrin (Natalie Portman) et un frère un rien looser (Jake Gyllenhaal) cherchant à combler le vide laissé derrière le funeste, il y avait pourtant matière à broder. Mais le refus d'un parti ou de l'autre créé des attentes qui ne seront jamais assouvies, l'émotion n'arrivant pas à s'émanciper d'un trio d'acteurs pourtant au diapason. Un non-choix rendant tous les efforts du cinéaste caducs.

Trop timide dans sa construction et trop prétentieux dans sa démarche, le film perd en intensité ce qu'il gagne en lisibilité. La famille mise en abîme a pourtant des démons qu'il est passionnant de sonder, mais le propos atténué par la multiplicité auparavant évoquée n'apporte pas la vigueur que les grands récits tragiques portent en leur germe pour tantôt bouleverser, tantôt révolter.

Créée

le 20 mai 2012

Critique lue 545 fois

Kelemvor

Écrit par

Critique lue 545 fois

5

D'autres avis sur Brothers

Brothers

Brothers

8

Baragne

le 13 mars 2011

Suivre

Touchant.

On pourrait reprocher à Brothers, son manque d'originalité, sa réalisation conventionnelle et ses images trop belles, on pourrait aussi dénoncer le côté trop manichéen de ses scènes de guerres (les...

Brothers

Brothers

6

Pravda

le 27 sept. 2012

Suivre

L'aurait mieux fait de To(m)bey à la guerre

Je pense que Brothers est un film qui marche sur l'émotion qui est sensée transparaître et nous faire nous sentir tout-chose, alors, peut-être est-ce moi qui suis insensible, mais ça n'a pas...

Brothers

Brothers

9

MFFC

le 18 juil. 2014

Suivre

Tu es mon frère !

Brothers est une véritable surprise, film de 2010 dont je n'avais absolument pas du tout entendu parler et la surprise n'en a été que plus belle du coup, l'autre jour je zyeute mon programme TV et le...

Du même critique

A Knight of the Seven Kingdoms

A Knight of the Seven Kingdoms

1

Kelemvor

le 20 janv. 2026

Suivre

Critique incritiquable de la première saison après un épisode

Il y a, dans A Knight of the Seven Kingdoms, quelque chose de délicatement ancien, presque précieux. Une respiration plus lente, un goût pour l’ellipse, une narration qui refuse l’hystérie et choisit...

Batman v Superman - L'Aube de la Justice

Batman v Superman - L'Aube de la Justice

4

Kelemvor

le 25 mars 2016

Suivre

Que quelqu'un égorge David S. Goyer svp, pour le bien-être des futures adaptations DC Comics !

Qu'on se le dise, Man of Steel était une vraie purge. L'enfant gibbeux et perclus du blockbuster hollywoodien des années 2000 qui sacrifie l'inventivité, la narrativité et la verve épique sur l'autel...

Michael

Michael

4

Kelemvor

le 22 avr. 2026

Suivre

Man in the Mirror... sans reflet

Michael Jackson n’a jamais été un simple chanteur. Il a déplacé les lignes de la pop jusqu’à en redessiner la cartographie entière, hybridant le rhythm and blues, le funk et la variété mondiale dans...