Howard Hawks a réalisé certains des grands chefs d’œuvre hollywoodiens mais il a aussi réalisé des films clairement en-dessous, des séries B (de talent attention) comme « La Chose d’un autre monde ». Je ne connaissais pas ce « Brumes » de 1936 et il entre dans cette catégorie des films d’aventure où on retrouve les thèmes favoris de Hawks comme la camaraderie entre hommes, le courage, le sens du sacrifice mais aussi le charme et le 2nd degré. Il n’en reste pas moins que ce film est loin de la flamboyance de ses pièces maîtresses. On sent Hawks sincère et passionné quand il aborde le monde de l’aviation qu’il connait bien puisqu’il a été pilote pendant la 1ère guerre mondiale (comme ses personnages principaux ici d’ailleurs). Il l’a fait dans plusieurs de ses films et on sent presque une volonté de documentariste dans les détails techniques dont il nous abreuve et le quotidien de ces hommes et femmes chargé(e)s de faire parvenir le courrier quelle que soit la météo.
Le problème est que le scénario est inspiré d’une pièce de théâtre et là où on s’attend à un grand film dans les airs, plein d’action, on reste immanquablement cloué à terre, dans la salle des opérations de la Federal Air Lines, chargée de l’aéropostale. Quelques rares scènes sont censées se passer dans les avions mais pour le reste, on est suspendu à la radio et au télex de cette salle. Et puis, l’intrigue se centre bien trop sur les aventures sentimentales de Dizzy Davis (James Cagney), pilote émérite mais aussi insolent et dragueur impénitent, soutenu à tout prix même face à ses fautes et excès par son supérieur et ami Jake Lee (Pat O’Brien). Les 2 passent une partie de leur temps à se hurler dessus dans cette salle des opérations, pour mieux se réconcilier ensuite. Les femmes ont tout de même un vrai rôle dans ce film avec le personnage de Tommy Thomas, une jeune et belle apprentie pilote. D’un film qui commençait presque comme une comédie, on passe au drame final, montrant le sens du sacrifice de Davis. Hawks malheureusement nous fait ici du théâtre filmé guère passionnant et il a fait bien mieux sur le monde de l’aviation avec, 3 ans plus tard, «Seuls les anges ont des ailes ».