A la maison de retraite de Shady, on dépérit, lentement, puis on agonise, bruyamment, avant de crever, seul. Tel semble être en tout cas la fin pathétique qui attend Sebastian Haff. Cloué au fond de son lit par une tumeur au pénis, ce papy au physique de rocker prétend être le véritable Elvis Presley... du moins jusqu’à cette décennie 70’ au cours de laquelle il décida de troquer son identité, sa notoriété et sa fortune avec celles de son sosie de l’époque. Un récit dément auquel seul semble croire Jack, un compagnon d’hospice couleur ébène qui affirme quant à lui être JFK. Bientôt, ces deux légendes américaines autoproclamées constitueront les seuls remparts du foyer face aux attaques d’une momie égyptienne en santiag suceuse d’âme.
Avec un tel pitch et un si maigre budget (500 000 dollars : une bagatelle !), Bubba Ho-Tep de Don Coscarelli se présente comme une comédie horrifique bisseuse. Mais dans les plis du film d’exploitation fauché, se développe un drame existentiel sur la vieillesse. L’acte de résistance de ces deux vieillards pour que ce qui reste d’eux ne meurt au fond d’une benne à ordure – ou des toilettes pour visiteurs – se charge pour cela de tendresse. Le thème musical composé par Brian Tyler porte d’ailleurs dans ses accords et son instrumentation toute la mélancolie de ce film et l’éclat de ses personnages. Là-dessus, l’élément fantastique, parfaitement intégré au récit, donne à ce baroud d’honneur une portée cosmologique bienvenue.
Ainsi, il est étonnant qu’une production de cette nature parvienne à faire ressentir à ce point ce qu’est vieillir, a fortiori dans une maison de retraite : l’attente, la solitude, l’impuissance, la nostalgie et la honte. Tout y est, teinté d’un peu d’humour noir. Les montées d’adrénaline sont à la mesure de ce que peuvent supporter les personnages. La narration progresse à leur rythme, sans heurt ni excès de vitesse. Le réalisateur et scénariste Don Coscarelli livre là une œuvre cohérente et sensible, qui ne fait en outre jamais ressentir son manque de moyens. Porté par un duo d’acteurs dont l’association fonctionne du feu de dieu, Bubba Ho-Tep est un film terriblement surprenant et attachant.