Warren Beatty est l’une des grandes figures du cinéma américain, une star totale, à la fois acteur, réalisateur et producteur. Il appartient à cette lignée rare de cinéastes-acteurs qui ont façonné l’imaginaire hollywoodien contemporain. En France, pourtant, son nom reste relativement discret auprès du grand public — une absence de reconnaissance d’autant plus regrettable que son œuvre mérite d’être redécouverte.

Avec Bugsy, Warren Beatty incarne et produit un film qui lui ressemble profondément. Le long-métrage s’inscrit dans un classicisme assumé, héritier direct du grand âge des studios, tout en conservant une sensibilité issue du Nouvel Hollywood. Le récit suit Bugsy Siegel, gangster et homme de main, tueur professionnel, dont la trajectoire bascule lorsqu’il rencontre une aspirante actrice. Pour elle, il poursuit une obsession démesurée : transformer un mirage en réalité, donner naissance à Las Vegas.

Le scénario, signé James Toback, autre vétéran du Nouvel Hollywood, s’intéresse moins à la mythologie du gangster qu’à sa fragilité intime : celle d’un homme toujours au bord du rêve, capable de l’effleurer sans jamais vraiment le posséder. C’est le portrait d’un “loser” magnifique, pris dans l’illusion de sa propre grandeur.

Barry Levinson met en scène ce matériau avec une élégance classique, jouant subtilement avec les codes du biopic et du film de gangsters. Bugsy devient alors une synthèse du cinéma américain : violence sèche, éclats de glamour, moments de comédie presque inattendus, le tout porté par un casting remarquable.

Warren Beatty y est magnétique. Annette Bening irradie l’écran, à la fois fragile et insaisissable. Ben Kingsley, comme toujours, impose une précision redoutable. Elliott Gould apporte une chaleur singulière, tandis que Harvey Keitel incarne une menace presque animale.

Visuellement somptueux, le film est enveloppé par la musique envoûtante d’Ennio Morricone, qui lui confère une dimension lyrique supplémentaire.

Bugsy est un objet de cinéma dense, élégant, profondément américain. Et surtout, un film habité par une fascination pour le rêve — celui qu’on construit, celui qu’on poursuit, et celui qui finit toujours par nous échapper.

JromeCin-radica
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le 12 mai 2026

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hopkins

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