En 1987, Charlie est une adolescence qui rejette sa famille, car elle ne s’est pas remise de la mort de son père. Aujourd’hui, c’est son anniversaire. Elle s’enfuit dans sa casse habituelle pour acheter une vieille coccinelle jaune. Mais, de retour dans son garage, la voiture se transforme.
Travis Knight était animateur sur des films pour la jeunesse (Coraline, L’Étrange Pouvoir de Norman, Les Boxtrolls et Kubo et l’Armure magique) et il passe derrière la caméra avec Kubo. Bumblebee est son deuxième film et il est destiné à la jeunesse. Pour le scénario, il fait appel à Christina Hodson qui avait scénarisé deux thrillers.
Si les derniers Transformers s’enfonçaient dans la médiocrité (en fait, seuls les deux premiers sont potables), celui-ci est un poil meilleur : le scénario comprend quelques gags puissants (notamment le robot dans la maison) et l’histoire, bien que simple, se suit agréablement. Par ailleurs, la reconstitution des années 80 est très bien faite, en particulier au niveau musical. Toutefois, il est très surprenant qu’avec une héroïne fan de metal, il n’y est aucun morceau de ce genre, même pas Motörhead dont elle porte pourtant le t-shirt ! À noter enfin que les incohérences scénaristiques avec les précédents films sont apparemment voulues, il s’agit d’un reboot.
Malheureusement, du drame à rallonge pollue la bonne humeur du film, avec des violons sur la mort du père, la presque mort de Bumblebee, et l’inévitable séparation. Les méchants sont très méchants, très puissants et trop nombreux alors que le pauvre Bumblebee est une petite chose fragile qui se fait tabasser pendant la majeure partie du film. C’est lourd.
Les images sont classiques sans plus, ce n’est pas le point fort du film. Non, sa qualité principale, c’est le jeu des acteurs. Force est de constater que Hailee Steinfeld et Jorge Lendeborg Jr. ont parfaitement saisi leur personnage. Expressions, regards, langage du corps, ils se démènent pour camper des adolescents alors qu’ils avaient 22 ans tous les deux à l’époque. Les seconds rôles sont tout à fait honorables, avec la prestation remarquée du jeune Jason Drucker.
En revanche, le film est ouvertement raciste anti-blanc. En effet, les acteurs Nord-Européens incarnent quasiment tous des personnages négatifs :
– le petit con qui défie Charlie au plongeon
– ses copines pouffiasses qui la narguent (il y a aussi une Asiatique au milieu)
– le patron qui emploie l’héroïne avec sa coupe de cheveux ridicule
– l’abruti qui trompe sa compagne, perd sa bagnole et se fait désintégrer
– les flics
– le militaire joué par John Cena qui ne s’achète un cerveau qu’à la fin du film
Seul le patron de la casse est sympathique.
Pour les gentils, Charlie ainsi que toute sa famille sont typés orientaux (les acteurs sont d’origine juive et Hailee Steinfeld a également une ascendance africaine), Memo est antillais, le savant qui embauche les Decepticon est latino et le général militaire est afro-américain. Il est impossible que cette distribution soit due au hasard, et cela ressemble aux films américains des années 70 où le criminel était systématiquement noir. Retomber dans une telle caricature est consternant. Quelles que soient les raisons mercantiles ou lâches de ce choix, il véhicule un message haineux qui attise des tensions déjà beaucoup trop fortes. Cette propagande, volontaire ou non, excède le public (pas seulement blanc, d’ailleurs) et nuit à la rentabilité. Quelques années plus tard, un étron tel que Transformers : Rise of the Beasts en a fait les frais avec des résultats inférieurs à ceux escomptés.
Bumblebee est un film pour la jeunesse qui se laisse regarder, mais il ne faut pas l’étudier avec trop d’attention. Tant sa tristesse omniprésente que son racisme le rendent finalement aigre et empêcheront de le revoir régulièrement. Dommage, les acteurs étaient pas mal…