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Le gouffre aux vipères
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le 5 mai 2023
Emin Alper surprend avec son quatrième film et signe le parfait thriller parano de l’année ! Il plante son intrigue dans une ville fictive de Turquie pour en tirer un conte macabre qui révèle les atrocités de l’âme humaine avec un héros candide qui tente de déceler les secrets d’un microcosme et surtout de survivre malgré les obstacles et les dangers. Alper tisse un portrait assez percutant de son pays, des villages où cohabitent les turcs, les kurdes et les gitans. Il filme la sécheresse et la chaleur invivable pour les habitants, en s’attardant sur les corps dont celui de son protagoniste, toujours en sueur, pour diverses raisons. Il filme les plateaux désertiques et asséchés ainsi que les rares lacs comme les éléments d’une prison qui coupe le village du monde extérieur, de la ville et de la vie urbaine. Ils sont immenses, on peine à voir l’horizon, une porte de sortie. Alper capte aussi les secousses sismiques, à travers les nombreux cratères qui ornent la ville, hélas d’actualité avec les tremblements de terre récents meurtriers.
Alper opte pour un rythme ponctué de pauses, d’accélérations, de surplace dans la progression de l’intrigue, à l’image de son héros, le jeune procureur idéaliste. Le réalisateur démontre la corruption qui ronge la société turque et fait de son procureur le témoin mais aussi la victime à travers une paranoïa et une tension constantes. Le procureur, en tant qu’homosexuel, doit cacher son identité. Les sourires hypocrites et malsains du fils du maire et de son cousin à son arrivée donnent le ton : la méfiance est de mise. La scène de repas sera faite de non-dits, d’insinuations, de provocation et de tentation, un vrai modèle de scène de tension implacable. La suite sera montrée par des flash-backs, établissant ou non la culpabilité du procureur, entre le souvenir, le désir et l’hallucination. La force du film est l’ambiguïté de son héros : il souhaite dénoncer la corruption qui règne dans la ville mais ne brille pas par son honnêteté.
En effet, il cache son orientation sexuelle, enquête quasiment sur lui-même, cache des éléments compromettants, ne sachant pas s’il est responsable d’un viol ou juste témoin et complice. Tout son environnement est hostile : de la juge toujours neutre au journaliste séduisant qui pourrait bien être manipulateur et donne lieu à des scènes de tension homoérotique assez étonnantes. Le réalisateur parvient à nous faire vivre ce que ressent le personnage : l’impression d’être épié, surveillé dans ses moindres faits et gestes. Selahattin Paşalı porte le film sur ses épaules avec un jeu subtil et intense dans le rôle du procureur, aidé par des seconds rôles très solides. Dans sa dernière partie, la fausse hospitalité laisse place à l’homophobie la plus effrayante (tentative d’empoisonnement, fausse accusation, home invasion, chasse à l’homme), et Emin Alper embrasser les codes du thriller avec maestria. Ces vingt dernières minutes sont à couper le souffle, avec un final à la lisière du fantastique inattendu.
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Créée
le 10 mai 2023
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