Sombre dérive de la mésestime et du dénigrement,
poème morbide autant qu’autopsie clinique du désenchantement personnel et de l’abandon,
Butterfly – huis-clos austère en stop-motion expressionniste – appuie avec une poésie incertaine sur les limites de la raison humaine pour rappeler, derrière les écoulements visqueux du corps englué dans la solitude du réel, la beauté intrinsèque au cœur de tous les hommes, aussi invisibles ou misérables soient-ils.
Sometimes i can feel myself go hollow.
En voix-off, narration franche et violente, une marionnette exsangue narre le désespoir arboré de son cimetière intime dans la déconstruction hallucinée de son transit vers l’isolement. Accident filial, mère alcoolique, errance dans un jazz inaccessible, l’homme décharné se retrouve abandonné à ses propres démons dans une existence insignifiante. Alors, plus que l’invisibilité résultante, c’est l’effacement subi qui est ici mis en lumière jusque dans Le Cri d’Edvard Munch à l’ombre de la croix, et qui mène à l’infernale descente
aux bavardes chiottes du purgatoire.
L’invisible se condamne irrémédiablement à l’isolement.
Corin Hardy explore là la part destructrice de la conscience prise dans les mécaniques du désespoir. Sous la sombre surface expressionniste de caricatures monstrueuses, c’est dans le cauchemar explosé d’un Vincent de Tim Burton qui serait à la frontière de l’enfance et de la conscience sous l’ombre absente de ce grand frère dispersé contre l’arbre originel, que l’auteur fait surgir les fantômes. Réponses au sang du bout des doigts et envolées poétiques jusqu’au dessin clinique d’une autopsie psychologique animée.
You made friend with yourself !
Dans le froid cauchemar hanté de chrysalides palpitantes, le dialogue schizophrénique du condamné raconte le prix ironique de la vie, la nécessité maudite des grisailles et des tonnerres de l’existence car la lumière ne naît que de l’ombre.
stored away
Alors seulement se révèlent les couleurs.
Alors seulement le papillon éclot.
Lourde demi-heure d’angoisse, Butterfly prend le temps de développer l’insanité sadique de la folie inhérente à la solitude pour ancrer la poésie macabre de cet éveil douloureux à travers différentes étapes qui deviennent autant de terrains d’expositions pour l’ampleur riche et complexe de l’univers de l’artiste. Et quand la fable s’illumine en un final mélodique de nature renaissante, c’est pour nous rappeler
la rareté profonde autant que banale de nos élans de bonheur
dans les couleurs d’un monde que nous choisissons. Sous la chair engluée dans les rémanences sourdes d’un passé brisé, la poésie de soi se réveille indéfectiblement, le jour venu, pour déployer la légèreté éphémère de ses ailes un court moment.
Plus intense alors que tout ce qui a pu précéder.