Le documentaire est éprouvant ; par ce qu'il montre d'abord – un grouillement humain dans des immondices, des figures monstrueuses, du côté des misérables autant que des nantis, des lieux décatis, un décor de Géhenne –, et par la façon dont il le montre : cadrages serrés sur la ville, la foule, les lieux, les visages, qui insistent et asphyxient.
Qu'y apprend-on ? Presque rien sur rien.
Quel est le propos ? Une dénonciation ? Auprès de qui ? Pour quel résultat ?
Un témoignage ? Auprès de l'occident moderne ? A quelle fin ? Dégouter le bourgeois, mobiliser le camarade, détruire l'image romancée d'un Inde exotique ancestrale ?
« J'ai fait un tour en enfer et voilà ce que j'y ai vu. J'en suis sorti, me voilà revenu » semble dire Malle. Et de nous flanquer ses images à la figure. Cela ressemble à un exercice de sado-masochisme. Cela tient aussi du voyeurisme au nom de l'objectivité, un voyeurisme insistant, violent presque, qui reçoit en retour les regards interrogatifs du peuple des condamnés qui vit son état de fait comme l'ordre choses, qui est l'ordre religieux puissant et agissant de l'hindouisme.
« Que nous veut ce sahib qui vient nous filmer de si près ? » retournent avec insistance les regards camera.
Oui, malaisant sur le fond et la forme des deux côtés de la caméra.
A voir pour se faire son idée et éprouver son propre seuil de malaise.