''Little fugitive'' – 1953 de Engel, Orkin & Abrashkin, tourné pour l'essentiel à Coney Island avec une camera dissimulée, suit l'errance d'un gamin de sept ans livré à lui-même dans la fête foraine balnéaire.
Le film tient entièrement sur cette caméra cachée qui capte une réalité au naturel et sur le petit bonhomme d'un allant et d'une vivacité, tout animé par ses idées fixes – être cow-boy et viser juste – qui font plaisir à suivre. Le regard se situe à hauteur d'enfant au milieu d'une foule qui ne remarque même pas ce petit macho goinfre, débrouillard et touche à tout.
Certaines séquences sont très drôles – Joey recrachant son hot-dog brûlant, Joey s'escrimant dans la cage de baseball, Joey secoué sur un cheval mécanique, ses allées-venues avec les cannettes consignées... –, d'autres poétiques, d'autres plus tendues et ambigües. Si le fil conducteur de l'errance faiblit parfois, l'aspect documentaire de cette tranche de loisirs populaire new-yorkaise au mitan du siècle dernier prend le relais de sorte que le métrage garde un intérêt constant. L'image est soignée et l'expérience visuelle tout à fait enthousiasmante. Le rôle des ados et le jeu du frère aîné sont les moins convaincants du projet. Mais partager les curiosités erratiques du petit Joey – Richie Andrusco au naturel – est un moment de bonheur cinématographique, et au delà en ravivant des souvenirs d'enfance.