Ce film de 1921 est une adaptation moderne de « La dame aux camélias » d’Alexandre Dumas. Il est réalisé par Ray C. Smallwood même si « réalisé » semble un grand mot tant les rumeurs de l’influence de Alla Nazimova sur le tournage sont nombreuses. Nazimova est en effet partout : actrice principale, productrice avec sa signature en grandes lettres apparaissant sur le générique (!)…Elle est partout. Et il semblerait, d’après le caméraman que ce soit elle qui ait mis en scène cette histoire, bien plus que Smallwood, réduit au rôle de simple assistant. Vu la forte personnalité de la Dame, ça ne serait pas si surprenant que ça. Cette actrice-productrice était alors au sommet de sa gloire, célèbre d’abord à Broadway puis Hollywood, pour ses frasques, ses liaisons lesbiennes publiques (rares à l’époque et mal vues) et ses fêtes assez dingues. Tiens, un peu à l’image de Marguerite Gauthier au début du film d’ailleurs ! Et c’est Azimova qui va donner un coup d’accélérateur à la carrière de Rudolph Valentino, son partenaire ici, qui va devenir un des acteurs les plus populaires du muet.
C’est elle qui le transforme en latin lover d’Hollywood à la fois viril et vulnérable, une nouveauté pour un acteur des années 20 où les hommes à l’écran ne pouvaient pas montrer de faiblesses. Il joue ici le rôle d’Armand Duval, jeune homme désargenté qui tombe amoureux de Marguerite, une courtisane qui vit aux crochets de ses riches amants, qui se noie lors de soirées interminables et alcoolisées. Mais voilà, Marguerite cache un lourd secret : elle est malade et condamnée par la tuberculose. Elle ne veut pas que ses «amis » le sachent. Tout n’a pas bien vieilli dans ce film, loin de là, le jeu un peu outré des acteurs et actrices était celui du muet, les dialogues assez ampoulés aussi : voir Nazimova rouler des yeux à qui mieux-mieux pour montrer sa souffrance peut aujourd’hui prêter à sourire ! Mais il reste tout de même quelques scènes marquantes et fortes dont celle où Armand, dégoûté que Marguerite l’ait quitté pour retourner à ses amants, lui jette une liasse de billets au visage et celle-ci s’effondre, comme frappée d’un coup de poignard. À noter aussi des décors arts-déco superbes, en particulier ceux de l’appartement de Marguerite, une photographie et des costumes très soignés.