Helen,étudiante à l'université de Chicago,travaille avec son amie et collègue Bernadette sur une thèse qui a pour sujet les légendes urbaines.Lors de ses recherches,elle apprend qu'un serial killer insaisissable sévit à Cabrini-Green,le quartier le plus pourri de la ville,et que les habitants du lieu racontent qu'il s'agit en réalité de Candyman,le fantôme d'un peintre noir assassiné au 19ème siècle.Intriguée et voyant là du grain à moudre pour ses travaux,Helen va sur place pour enquêter sur cette créature imaginaire.Enfin,imaginaire,faut voir,car elle ne va pas tarder à rencontrer le fameux spectre et sa vie devient vite un enfer.L'Anglais Bernard Rose,réalisateur et scénariste du film,tourne beaucoup et depuis longtemps,mais il a rarement rencontré le succès en-dehors de l'étrange "Paperhouse",plutôt un succès d'estime,et de cette adaptation d'une nouvelle de Clive Barker.La réussite d'un film d'horreur tient essentiellement à son ambiance,et Rose a su instaurer l'atmosphère mystérieuse,sordide et glauque qui distingue les meilleures oeuvres du genre.C'est d'ailleurs heureux car le scénario est un festival d'incohérences qui sans la maîtrise de la mise en scène aurait pu couler le film par le fond et le diriger tout droit vers le pays du nanar.Mais le cinéaste est parvenu à capter l'identité de la littérature de Barker et restituer à l'écran ce goût de l'auteur pour les revenants,les malédictions,,la violence hard,les détails affreux,le désespoir existentiel et la descente aux enfers.On trouve en outre ici une sorte de manifeste anti-raciste stigmatisant le sort réservé au peuple noir dans une Amérique divisée.Candyman se nommait Daniel Robitaille et était le fils d'un esclave.Peintre doué,il fut engagé par un riche homme blanc afin de faire le portrait de sa fille.Evidemment les jeunes gens tombèrent amoureux et la poulette se retrouva engrossée,à la grande fureur du papa qui ordonna à ses sbires de régler son compte à l'impudent personnage.Les gars se sont bien déchaînés et ont coupé une main à leur victime avant de le tartiner de miel et de l'offrir à des abeilles qui l'ont piqué à mort.Puis ils ont brûlé le cadavre et ont répandu ses cendres en un lieu qui est devenu le quartier de Cabrini,une cité miséreuse où ne vivent que des noirs.Depuis,l'esprit du supplicié hante les lieux,et si on prononce cinq fois son nom,il se matérialise.Et quand il se pointe,il ne fait pas le voyage pour rien,se livrant à des meurtres atroces sur des innocents n'ayant rien à voir avec ce qui lui est arrivé autrefois.L'idée,ce serait qu'il ne pourrait vivre que tant que les gens croiraient en lui et colporteraient sa légende.Hélas la belle Helen est venue foutre le boxon en prétendant qu'il n'existe pas et en imputant ses crimes à un voyou du coin,elle mérite donc d'être punie pour ça et son existence part en brioche.Brutalisée,arrêtée,internée,cocufiée par son mari,elle doit endosser,impuissante,les crimes du furieux,qui n'est visible que d'elle.On peut à un moment s'interroger quant à savoir si elle n'est pas vraiment cinglée,si le croque-mitaine n'existe pas que dans sa tête et si elle ne commet pas effectivement les crimes,mais ça parait vite techniquement impossible.Bien sûr,ça cloche de tous les côtés et le final roule sur les jantes avec la créature surnaturelle éliminée d'une façon invraisemblable pour être remplacé par Candywoman,qui se retrouve bombardée figure tutélaire des HLM en ruine,tandis qu'on pige rapidement pourquoi ce fantôme s'intéresse tant à elle,sans qu'on sache exactement ce qu'elle représente réellement pour lui.Descendante de sa dulcinée?Réincarnation?Simple sosie?.Ce quartier,bien réel,est un des principaux acteurs du film tant il est sinistre et angoissant entre trafics de drogue,squats dégueulasses,planques décorées façon vaudou,meurtres ignobles et vengeur tout-puissant.La géométrie de ces lieux quasiment déserts crée un sentiment de malaise amplifié par la musique déstructurée de Philip Glass.Les comédiens se la donnent grave,surtout la charmante Virginia Madsen qui subit des chocs physiques et mentaux tout au long de l'histoire sans perdre sa combativité.Tony Todd en Candyman,ça semble avec le recul être une évidence tant le charisme et la prestance de l'acteur font froid dans le dos,une performance proche de ce qu'il accomplira dans les "Destination finale".Malheureusement on ne le voit pas assez,il aurait mérité plus de temps de jeu.Kasi Lemmons est pleine de vivacité et incarne parfaitement la bonne copine prudente qui tente de freiner son amie dans sa quête délirante.Par contre Xander Berkeley,insignifiant,échoue à faire exister le mari volage de l'héroïne et il est même ridicule de l'envisager en tombeur de la fac qui drague ses étudiantes.Il y aura un deuxième épisode en 95,signé Bill Condon,puis un troisième réalisé par Turi Meyer en 99,et enfin un reboot tardif en mode BLM en 2021,shooté par Nia DaCosta.