C'est sans doute le plus gros budget qu'ait eu le sympathique Bertrand Tavernier dans toute sa carrière, un long film de plus de deux heures, une reconstitution énorme, des centaines de figurants et d'effets spéciaux. Un cinéma-fresque tel qu'on ne le voit quasi qu'aux USA et qu'on ne verra en tout cas plus jamais en France, aucun producteur n'étant aujourd'hui capable de se lancer dans une aventure pareille. Et le film fut un échec, avec seulement 600.000 entrées, confirmant la fin de ce genre de fresques ambitieuses. En le voyant, on comprend un peu que le spectateur ne s'y est pas rué. Le film est ambitieux, certes, et pour cela on peut avoir envie de le défendre, mais malgré tout un peu raté. Disons que Tavernier veut faire du cinéma américain avec les moyens du cinéma français et ça ne marche pas. Les acteurs ne sont pas mauvais, même très impliqués, mais on a l'impression qu'ils sont au théâtre, qu'ils récitent un dialogue, dialogue qui est sans doute le gros noeud du problème, tant il est écrit, appuyé, jamais fluide. Quant à la mise en scène de Tatave, on sent l'effort et le soin apporté, mais sur chaque plan on sent aussi la place de la caméra et on devine l'équipe derrière. Il n'y a jamais d'incarnation. Notons tout de même que cela s'améliore sur la seconde partie du film, la partie "avocats", beaucoup plus réussie. L'épilogue est lui aussi assez émouvant. Au final, ça va, mais on imagine surtout le grand film que ça aurait pu être alors qu'il se contente d'éviter le naufrage.