Le cauchemar de Cassandre
De l’éclatement temporel à la multiplicité des personnages naviguant dans les méandres du scénario, le dernier film du canadien Atom Egoyan fait appel à la vigilance et l’intelligence du spectateur. Louable intention, mais nous aurions aimé que le réalisateur de Exotica fasse lui aussi preuve d’attention et de nuance dans l’élaboration rocambolesque et presque incohérente de cette histoire d’enlèvement à connotation pédophile, dans laquelle deux inspecteurs et leurs équipes se prennent les pieds dans le tapis. Il faut dire qu’eux-mêmes ne brillent guère par leur clairvoyance et leur aptitude au raisonnement. Atom Egoyan n’a donc pas eu la main légère pour ce thriller hivernal, quelque part entre Toronto et les chutes de Niagara où la culpabilité, les souvenirs traumatiques et la perversité s’en donnent à cœur joie. Mis à part le père de la jeune Cassandra enlevée, qui parait garder la tête froide, en dépit de sa douleur et des soupçons qui planent sur lui, les autres personnages sont peu crédibles et mal écrits, englués dans des situations qui sonnent toujours un peu faux et qui tournent le dos à toute logique (une petite scène de quelques minutes dans une prison suffit à décrédibiliser l’ensemble, ne laissant pas de nous interroger sur l’efficacité de la police canadienne). Inutilement tarabiscoté dans ce récit alambiqué censé dissimuler les failles du scénario, le film marque hélas l’échec du retour du cinéaste.