Carnage ou The Nail Gun Massacre est un slasher fauché et texan sorti en plein milieu des années 80, période faste du genre. Le film est réalisé par Leslie et Lofton ce qui ressemble déjà à une mauvaise blague tant le nom du duo s’apparente à des duettistes de BD ou de cartoon, perso je lirais bien Les Aventures de Leslie et Lofton. En tout cas le duo signe ici en même temps son premier et dernier film puisque The Nail Gun Massacre restera injustement pour nos zygomatiques l’unique film de ses réalisateurs. Basé au départ sur un script de 80 pages réduites à 25 faute de moyens, tourné avec des amis et des proches, le film est un merveilleux petit nanar même si la version française y est sans doute pour beaucoup (mais pas que !!).
The Nail Gun massacre raconte donc l’histoire d’un tueur casqué qui décime tout ce qui croise son chemin à l’aide d’un pistolet à clous pneumatique. Un shérif et un médecin tentent alors mollement de mettre fin au carnage.
The Nail Gun Massacre est un slasher sur fond de rape and revenge puisque quitte à divulgâcheur un peu le semblant d’intrigue rachitique du film, le mystérieux tueur semble venger la victime d’un viol collectif qui a lieu en guise de pré-générique. Sans la moindre contextualisation le film commence donc par le viol d’une jeune femme sur un tas de sable par un tas de bouseux gloussants à chemise à carreaux et casquettes à pois. Puis d'un coup le tueur apparaît et commence illico sa funeste vendetta dans un art de la synthèse qui tient presque de l’abstraction … Cette mise en place express des très maigres enjeux du film est d’autant plus déroutante que l’on constatera plus tard au film du visionnage que vu le nombre de scènes de pur remplissage que comporte le film, il y avait largement le temps de mieux installer son intrigue.
The Nail Gun Massacre est donc un slasher et qui dit slasher dit forcément tueur charismatique et sans pitié, du moins en théorie. Le rayon bricolage du coin ayant déjà été vidé niveau tronçonneuses, machettes, perceuses, pioches, haches et autres objets contondants par divers psychopathes de passage les réalisateur optent pour un pistolet à clous pneumatiques avec une magnifique bonbonne jaune d’air comprimé en guise d’arme. Niveau look un treillis de chasseur, un casque intégral arrangé avec du scotch noir et des grosses rangers feront l’affaire pour tenter de rendre mystérieuse la présence d’un tueur un peu trop bas du cul pour être impressionnante sans aucun artifice. Mais le plus effrayant avec le tueur de The Nail Gun Massacre c’est qu’il parle, ponctuant ses mises à morts de sentences verbales toutes moisies et de punchlines tellement ridicules qu’elles semblent plus létales que son arme elle même. Pour ne rien arranger son casque de moto lui donne une voix déformée vaguement robotique et il ponctue régulièrement ses répliques ridicules d’un bruyant rire de méchant qui fait MouhaHaHaha !! . Notre Daft Punk du crime ressemble à un croisement de chasseur à la palombe, d’ersatz de Terminator sorti d’un bis italien, de vendeur de chez Leroy Merlin et de tonton bourré riant très fort de ses propres blagues pourris le tout avec le charisme d’une claquette chaussette de touriste allemand sur une plage normande un soir de fin août. Quand un tueur te débite des répliques du style : “ Tu avais rendez-vous avec la mort et je suis son bras …” - “ Mouhahaha !!! Ah l’amour quelle histoire (...) regardez votre cœur s’arrête de battre “ - “ Je vais en faire un jeu de la mort qui s’appellera les gars jamais plus, oui on va jouer et va y’avoir du sang Mouhahahaha !!” - “ Tu n’aurai jamais dû faire du stop avec ton corbillard , tu vas mourir Mouhahaha !!!… “ - Appelle moi le vengeur ..” - " La mort est ton destin je ne suis que l'exécuteur Mouhahaha !!!” tu as juste envie de lui dire: “Mais putain achève moi vite ou ferme ta gueule !! ”. Et puis il faut parler de cette présence animale digne des plus féroces prédateurs, notre tueur bondit dans le cadre comme un félin ou un cabri bourré à l’eau de source ou il surgit d’une piscine pour asséner une rafale de clous avec le bruit d’une mitraillette comme un soldat s’extirpant d’un marécage pour plomber du vietminh. Quant à l’arme du ou devrais je dire des crimes, elle a le même bruit que celui d’un pistolet dans un vieux western ce qui n’arrange rien au ridicule déjà bien marqué du tueur. En tout cas on apprendra aussi l’existence de quelques organes vitaux insoupçonnés puisque dans The Nail Gun Massacre on peut mourir immédiatement d’un clou dans le coude ou dans la main et avant même l'hémorragie.
Mais bon, il n’y a pas que les tueurs à pistolet à clous dans la vie et fort heureusement The Nail Gun Massacre regorge aussi d’autres personnages ce qui démultiplie pour mon plus grand bonheur les doublages hasardeux, les répliques hilarantes et les acteurs hésitants. C’est bien simple je me réjouissais de voir arriver un nouveau personnage à l’écran, pressé comme un enfant au pied du sapin un matin de 25 décembre de découvrir sa voix pas forcément en adéquation avec son physique et surtout les conneries qu’il allait bien pouvoir dire. On a déjà une vieille épicière qui radote avec nostalgie sur le bon vieux temps en lisant ses répliques posées sur le comptoir entre deux regards plaintifs à la caméra et qui d’ailleurs est interprétée par la grand mère du réalisateur : "Tu te rappelles quand on pouvait librement se promener sans peur des moustiques et des tueurs " avant d'enchaîner directement comme si elle yoyotait du ciboulot : " Je parie que tu n’as jamais vu de petits vers luisants pourtant à mon époque il y-en avait partout" . On a aussi le médecin qui s'occupe vaguement de l’enquête avec une perspicacité digne des plus grands limiers “ Ca ressemble à un maniaque qui plante des clous partout “ - “ On dirait qu’on a affaire à un tueur d’ouvriers charpentiers ” et qui invente des expressions comme : “Je te rendrai l'ascenseur” mélange improbable de rendre la pareille et renvoyer l'ascenseur. Mais au registre des répliques les plus drôles j’ai envie de citer (même si elles sont beaucoup moins drôles hors contexte) “ C’est quoi ces mecs on dirait des punks” alors que ce sont des bikers, en guise d'appel à la gaudriole un tendancieux “ J’adore grimper aux arbres pas pas toi ? ” - “ Hey imbécile t’oublie ta facture” car on sait aussi parler au client ou le magnifique “ J’espère que tu m’inviteras un jour j’adore le cassoulet”. Mais la réplique qui m’a fait exploser de rire et qui à elle seule mérite de voir et revoir le film c’est ce routier qui faisant face à un cadavre sur la route nous balance “ Je vous l’dis mon gars si ce n’est pas un film d’horreur c’est la revanche du gang des vélomoteurs avec des pneus cloutés” … C’est magnifique et c’est le réalisateur Terry Lofton lui-même qui incarne le routier et qui du coup s’est réservé comme un salaud la meilleure réplique du film.
Mais il n’y a pas que les tueurs à pistolet à clous, ni les mauvais acteurs qui débitent des inepties comme le boucher débite de la merguez un jour de fête de la saucisse… Il y-a aussi l’érotisme torve et l’art du remplissage qui d’ailleurs souvent vont de paire (de seins) car quoi de mieux qu’un peu de cul pour combler l’espace vide d’un scénario plein de trous. A sa décharge le réalisateur semble avoir été un peu contraint par les producteurs d’ajouter de la fesses pour viabiliser le projet , ce qu’il s’est acquitté à faire avec plaisir vu la complaisance des plans nichons, voir des gros plans nichons, voir des plans gros nichons… Le film comporte trois scènes de sexe aussi excitante que d’imaginer Zemmour en plein coït avec Sarah Knafo, c’est pas pour dire du mal c’est juste pour donner un ordre d’idée. On a un couple qui joue au docteur avec des peluches sous une couverture en moumoute avant que le mec ne laisse la fille en plan pour aller couper du bois, un couple qui batifole mollement contre un tronc (Oui avec la fille qui adore grimper aux arbres) et une interminable séquence de presque deux minutes avec un couple qui essaye moults positions pour essayer de niquer dans une voiture trop petite pour la galipette.
Mais il n’y a pas que les tueurs à pistolet à clous, ni les mauvais acteurs qui débitent des inepties comme le boucher débite de la merguez un jour de fête de la saucisse et les scènes de fesses tristes., Il y-a aussi la musique car que serait la vie sans musique et franchement ce serait dommage de passer à côté de celle de The Nail Gun Massacre. Mélange bruitiste de râles du tueur façon bœuf asthmatique, de rire de méchant sorti d’Austin Powers, d’accords d’orgue Bontempi, de ponctuations sonores comiques et de mélodies hors propos on est sur du grand n'importe quoi. Si notre tueur à de faux airs de Daft Punk la musique elle a de véritables airs de calvaire sonore super gonflant.
Terry Lofton aura beau nous dire que l’aspect comique de son film est plutôt volontaire, il est peu probable qu’à l’origine The Nail Gun Massacre était prévu pour être aussi catastrophique et donc aussi drôle . Très mauvais slasher bien trop bavard et mal foutu, Carnage est en revanche un formidable petit nanar.
Ma Note Nanar : 07/10