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Carol est à juste titre considéré comme un grand film d'amour du XXIe siècle, ayant reçu un excellent accueil critique et public et raflé quelques belles récompenses. La réalisation de Todd Haynes et, bien évidemment, les performances magistrales de Cate Blanchett et de Rooney Mara, cette dernière recevant le prix de la meilleure actrice à Cannes, y sont pour beaucoup. Elles ont donné une sensibilité et de la chair à une romance sinon triste et terne. La relation entre ces deux femmes semble d'emblée condamnée : une histoire d'amour lesbienne dans les années 1950 aux Etats-Unis, ça commence déjà mal pour elles. C'est sans compter les menaces que fait peser le mari de l'une d'elles sur la garde de leur enfant après le divorce. Alors les couleurs sont elles aussi tristes et ternes, mélange de gris, vert et bleu. Les couleurs chaudes sont cruellement rafraîchies par un pastel acerbe. Et pourtant. Dans cet univers, des moments de grâce apparaissent ça et là. Comme Cate Blanchett dans le reflet du miroir, au regard si mélancolique dans une chambre d'hôtel au mur verdâtre. Comme leur rapprochement physique, dans une scène des plus érotiques. Et bien sûr comme dans ce restaurant chatoyant et ce regard caméra final si connu. Rooney Mara joue à la perfection cette jeune fille un peu perdue dans ses sentiments, aux yeux souvent assombris et aux gestes toujours tendres. Son personnage passe par toutes les étapes de l'émoi amoureux, entre découvertes aventureuses et amers regrets. Et si le talent de Cate Blanchett n'est plus à démontrer, on regrette parfois un sur-jeu, comme dans la confrontation avec son futur ex-mari dans le bureau des avocats.
Le film se base sur un roman des années 1950. Son message est donc simple : une histoire d'amour lesbien est avant tout une histoire d'amour (et c'est étrange qu'un tel message doive être réitéré plus de 6 décennies plus tard, mais passons). Le film dépeint donc parfaitement toute l’ambiguïté d'une telle relation à cette époque : s'il n'y a pas d'homophobie à proprement parler et si les personnages n'ont de cesse de minimiser cette histoire d'amour (jusqu'à ne jamais la mentionner explicitement), il est évident que ça dérange tout le monde. Le film est sans doute édulcoré, puisque l'homophobie était probablement bien plus violente en réalité. D'ailleurs, si le mari de l'une et le copain de l'autre prennent mal le fait de se faire quitter, et s'ils tentent par tous les moyens de les garder près d'eux, on peut se dire qu'ils auraient agi de la même manière en cas d'adultère hétérosexuel. Finalement, le film passe sous silence la relation de domination interne au couple que forme ces deux femmes. L'une a la quarantaine, elle a un enfant, elle est riche, cultivée et charismatique. L'autre est une jeune fille au statut précaire et qui se cherche encore. C'est souvent elle qui se retrouve au service de la première, à porter les valises par exemple, et qui reçoit des cadeaux onéreux. Après une séparation qu'elle a causée, la femme riche reprend le contact mine de rien, et demande d'emblée à son ex si elle veut vivre avec elle dans son luxueux appartement... Si l'on imagine une seconde qu'il ne s'agit plus d'une relation lesbienne, mais d'une relation hétérosexuelle avec un homme plus âgé, la toxicité de la relation devient alors évidente.
Un très bon film d'amour certes, mais les messages sur l'homosexualité sont restés ceux de 1950. Rien de quoi secouer les bourgeois du XXIe siècle, bien au contraire.
Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Les 100 meilleurs films du XXIe siècle - New York Times
Créée
le 25 août 2026
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