6
le 1 août 2014
SuivreCormac à tire larigot.
Cartel est un film bien étrange, a priori raté. Mais à bien y réfléchir, il semblerait qu’on lui reproche surtout son audace. Commençons par ce qui ne fonctionne pas. L’économie générale du scénario...
[Director's cut]
"Vanité des vanités, tout est vanité", professait Qohelet dans l'Ecclésiaste il y a plusieurs millénaires. Il était alors la définition de ce qui était purement vain, futile et illusoire. Aujourd'hui, il renvoie à une notion d'orgueil et d'auto-satisfaction.
Deux sens qui diffèrent sur le papier, mais se répondent avec une doucereuse harmonie chez Ridley Scott. Prétextant suivre la descente aux enfers d'un avocat dans la distribution de stupéfiants, le réalisateur a un but autrement plus ambitieux : capturer les tréfonds de l'âme humaine. Filmer un monde qui court à sa perte, en ne cherchant jamais à le rattraper. Armé d'un script signé Cormac McCarthy (auteur de No Country for Old Men ou La Route) et d'une volonté de trancher net, The Counselor (titre autrement plus adapté que Cartel) fait preuve d'un nihilisme inédit de la part de Ridley Scott.
Il est en effet peu commun de voir un film prenant autant de distance par rapport à ses personnages, pour la plupart peu recommandables, et aussi peu de précaution quand il s'agit de les entrechoquer avec leur destinée. Ne vous y trompez pas: Ridley Scott ne propose pas l'errance de dépravés dans un monde d'excès et de se complaire dans le chic toc. Ici, ce qui motive le réalisateur, c'est de révéler l'infinie petitesse chez ces individus qui se sont rêvés grands et se retrouvent écrasés par leur propre décadence. Scott filme ici des vaniteux, des faibles et des pervers. Des individus qui se voilent la face, font mine d'accepter leur férocité en admettant leur cupidité ou en vivant avec des félidés (un guépard en l'occurrence), et se retrouvent abasourdis par le massacre qu'ils provoquent.
La première heure opaque, où le clinquant le dispute à la saleté, où les trafiquants dissertent sur le sexe et la violence, est aussi bien écrite que troublante. Derrière de longues séquences dialoguées, allant du vulgaire au raffiné, apparait la volonté de relier deux mondes en apparence distincts et qui sont pourtant bien indissociables. Leur collision est aussi logique que dévastatrice. Alors que la première partie disséminait une impression de drame à venir, on assiste carrément à une apocalypse dans la deuxième.
Soyez prévenus: rares sont les films à se montrer aussi cruels envers leurs protagonistes. Même quand le bon sens et les sentiments se révèlent en eux - en général bien trop tard - ils deviennent aussi pathétiques qu'insignifiants. D'une décision hâtive, uniquement dirigée par l'avidité, ils lancent une chaîne, dont les maillons sont aussi fragiles qu'interchangeables, menaçant à tout moment de la retourner contre eux. Et c'est pourtant avec un aplomb certain que R.Scott filme ces créatures pitoyables, magnifiées par une troupe d'interprètes prodigieux (M. Fassbender, Javier Bardem, Penelope Cruz et Cameron Diaz et Brad Pitt), et vouées à l'un des carnages les plus hypnotiques de récente mémoire. Un carnage sans nom (à l'instar de son anti-héros, ou héros négatif au choix) et sans retour. Son film le plus noir et le plus étincelant.
Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Les meilleurs films de Ridley Scott et Top 2010/2019
Créée
le 25 juil. 2019
Critique lue 245 fois
6
le 1 août 2014
SuivreCartel est un film bien étrange, a priori raté. Mais à bien y réfléchir, il semblerait qu’on lui reproche surtout son audace. Commençons par ce qui ne fonctionne pas. L’économie générale du scénario...
6
le 23 mars 2014
Suivre4,2 de moyenne chez mes éclaireurs. Si on ajoute à ce premier constat le fait qu’ils sont 13 et que pas un n’a mis plus de 5, autant avouer que quand j’attaque le dernier Ridley, c’est avec...
4
le 23 sept. 2014
Suivrele 23 sept. 2014
Avec ses images bling bling, sa description sentant bon la naphtaline du cartel et son casting bankable attifé n'importe comment, "Cartel" faisait franchement peur. Seul le nom de Cormac McCarthy au...
4
le 15 sept. 2021
SuivrePeut-on partir avec un avantage si l'on décide d'aller voir l'adaptation d'une œuvre matrice dans la littérature ? Oui, en ne l'ayant pas lue. Il n'est pas toujours aisé de jongler entre...
3
le 13 déc. 2023
SuivreHuit mois, ça peut être un vrai obstacle à la compréhension à l'ère du streaming et du binge-watching. Tout spécialement si vous vous lancez dans la suite d'un film pas très fameux, et que cette...
4
le 20 févr. 2021
SuivreDur d'échapper à son rôle phare. Propulsée sur le devant de la scène avec le rôle d'Amy dans le d'ores et déjà classique Gone Girl réalisé par David Fincher, l'actrice Rosamund Pike n'a pas ménagé...
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème