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Extended Cut
Un ami de passage, scrutant les rangées de ma filmothèque, m’avait demandé si j’avais un bon film de gangsters ou de cartels pour conclure la soirée. Il s’attendait sans doute à ce que je lui sorte un Sicario bis, et se trouva donc fort circonspect devant ce que Cormac McCarty et Ridley Scott avaient à proposer. Car The Counselor n’est pas un polar noir sauce No Country for Old Men, pas un film d’action comme celui de Villeneuve, pas une dissection du milieu alla Narcos, mais un raisonnement sur l’insatiabilité de quelques personnages plongés de plein gré dans une toile de fond qui n’a plus besoin d’être dépeinte. Cet ami s’est finalement laissé prendre par l’effusion de bons mots, le détachement des acteurs financiers de ce milieu, et la destruction opératique de ces derniers.
Sans doute que la version longue de la pellicule, celle que j’avais déjà vu il y a près d’une décennie, explique cette appréciation commune, bien loin des quolibets qui ont fleuri en tout sens sur une des dernières œuvres fondamentalement réussies d’un cinéaste qui divague sévère. Mais je ne m’ôte pas l’idée que c’est la nature même du film qui a décontenancé les audiences, elles aussi prises par surprise par un titre qui ne présageait pas ce qu’on y trouve.
Et on y trouve énormément de dialogues, qui servent la fois à faire prendre compte de la normalité affichée par les participants tout en amorçant les fusils de Tchekhov de l’inéluctable brutalité du dernier tiers où tous tombent un à un comme dans un jeu de quille. Un programme annoncé dès la première scène où fonce à vive allure le motard, fil rouge de la mécanique d'anéantissement, élément déclencheur d’une destinée implacable, aléatoire et hors de contrôle
Une absurdité de ce monde amplifiée par l'excentricité de ses habitants, par la teneur des conversations qui parlent de sexe pour parler de terreur, qui philosophent sur la vacuité d’une avidité qui une fois passée le stade du non-besoin, va chercher dans les imperfections pour relancer son propre intérêt de collectionneur de choses inutiles. Une vanité et une gloutonnerie qui balaient toute notion terre-à-terre de survie.
On explore alors un panel de victimes conscientes de l’épée de Damoclès qui pend au-dessus de leur têtes, du genre qui va gentle into the good night, mais que l’avidité pousse volontiers dans la partie, faisant fi des avertissements répétés, parfois émis par eux-mêmes. Alors certes, The Counselor ronronne, tourne autour du pot comme pour fuir le jeu de massacre qui se prépare, et si certaines digressions flirtent avec l'excès, tout rentre in fine dans les clous. La noirceur s’abat, les cupides rencontrent leur sort, et la machine continue sa marche inévitable.
Si la maestria des Coen n’est pas au rendez-vous, la science du cadre (encore existante chez Scott à l’époque), la photographie léchée de Dariusz Wolski (habitué du réal), et un casting de haute volée, finissent de porter le message de McCarthy.