Sous des airs doucereux et un minimalisme pleinement assumé, le cinéma d’Hong Sang-soo peut parfois se révéler cruel et, mine de rien, avoir des choses à dire.
L’histoire conte une journée de la vie du protagoniste — trentenaire, issu d’une famille riche, mais vivant chichement d’un mi-temps pour pouvoir taquiner médiocrement les muses — qui visite la vaste maison de la famille de sa petite amie, ainsi que ses alentours, et, par la même occasion, fait la connaissance des proches de cette dernière.
L’ensemble débute dans une atmosphère chaleureuse, très accueillante. Tout est fait pour que notre personnage principal se sente le bienvenu — tout en étant passé au crible, mais, comme le reste, sans que cela soit appuyé, sous des façades bien souriantes. Puis, peu à peu, surviennent quelques anicroches (les remarques de la grande sœur sur les origines familiales du poète, celles, critiques, de la mère sur la voiture d’occasion) apportant des notes discordantes à cette ambiance, trouvant leur point culminant lors d’une petite explosion de tension, l’alcool aidant — ouais, on picole pas mal chez Hong… et on y mange pas mal… et on y fume pas mal… bref, j’ai eu l’impression d’avoir attrapé deux-trois cancers rien qu’en visionnant le film. Et, sans trop en balancer, les dernières minutes — comprenant un bon retour à la réalité dans la gueule — justifient le titre français (et anglais).
En résumé, sous toute cette fausse banalité et sans en avoir l’air, le réalisateur évoque, par l’intermédiaire d’un regard sans fard et sans illusion, le malaise de l’être se voulant artiste dans une société matérialiste, les rapports de classe et les basses réalités économiques. Eh oui, ici, comme pour ses autres créations, le motto du cinéaste pourrait être : « peu de bruit pour beaucoup de choses ».