La guerre, Cessez-le-feu en parle beaucoup, mais en filigrane. Les dix premières minutes mises à part, le conflit ne sera jamais montré à l’écran, et pourtant étrangement présent, dans les silences, les mots, les cicatrices, les cauchemars, par de brefs flash-backs comme par des gestes du quotidien. Emmanuel Courcol filme un peuple qui a souffert et qui panse ses plaies. Nous sommes en 1923. Des trois frères partis à la guerre, seulement deux sont revenus en vie. A la fois-là, et ailleurs : l’un s’est réfugié dans le silence et ne communique plus que par signes, l’autre a fui la France pour oublier la cruauté des hommes. Et pourtant la vie continue et va les rattraper, les forcer à se confronter au réel en arrêtant de fuir. Car la France des années 1920, c’est aussi une France qui bouillonne, qui découvre le jazz, où les femmes apprennent à conduire, où les travailleurs étrangers affluent car on a besoin de bras.
Emmanuel Courcol s’attache à retranscrire, avec un certain talent, ce fossé invisible mais infranchissable entre l’avant et l’après, entre ceux qui ont vu et les autres, entre ceux pour qui ne peuvent pas oublier et ceux qui veulent oublier. La paix doit aussi se faire entre ces deux France, qui n’ont pas vécu les mêmes horreurs, mais qui ont besoin de l’une et de l’autre pour se reconstruire.
Cessez-le-feu dresse un portrait intéressant de la logistique d’après-guerre, du nettoyage des obus à la transmission du récit et de la mémoire, rendant un discret hommage aux forces étrangères venues des colonies qui ont participé à l’effort de guerre. La partie africaine présente une Afrique rêvée, un peu magique, très Racines du ciel, à charge contre les Européens qui apportent baïonnettes et fusils et sèment les germes de la violence.
Si le propos est parfois un peu didactique, un peu appuyé, il est servi par les très bonnes performances d’acteurs. Romain Duris en tête, magnétique, campe un homme endurci malgré lui et pourtant extrêmement vulnérable. Excellente partition également de Grégory Gadebois, qui hérite de la gageure d’un rôle pratiquement muet. A travers ces deux frères, ce sont nos ancêtres, nos arrières-grands parents que nous voyons. Cessez-le-feu rend hommage à une vertu humaine souvent oubliée et pourtant cardinale : la résilience.