Le carton au début du film ne cache en rien les ambitions de Ceux qui servent en mer ; c'est une commande destinée à redonner le moral aux soldats de la marine anglaise, alors en guerre. On dit que Winston Churchill a fortement poussé Noël Coward à réaliser et écrire un film dans ce sens, qui exalte le courage d'hommes durement touchés par la perte d'un navire, et qui, en attendant les renforts, sont autour d'un canoé de sauvetage pour revenir vers leur passé.
Noël Coward jouant lui-même le rôle principal, celui du capitaine du navire, il fut secondé par un certain David Lean, alors ancien monteur, et qui réalisa pour l'occasion son premier film. D'ailleurs, il fut si compétent derrière la caméra que Coward lui laissa toute latitude dans la mise en scène. Ce qui s'avèrera payant, car le manque de moyens est compensé par l'ingéniosité de David Lean dans le sens où toutes les scènes de combat navals ou aériens sont des stock-shots, très bien intégrés du reste dans l'histoire. D'ailleurs, le suspens n'est pas tellement dans le destin de ce bateau, qui coulera très vite, mais dans celle de ces braves soldats du corps de la marine, où chacun d'entre eux nous est présenté par des flash-back. C'est l'occasion de voir des acteurs comme John Mills ou Bernard Miles, mais également un tout jeune Richard Attenborough (19 ans) qui, en tant que matelot, fait ses début devant une caméra.
Une fois que le dispositif est établi, il faut dire que c'est plutôt répétitif, car tant qu'il reste des hommes autour de ce canoé, chacun aura droit à son moment, forcément lié à la grandeur de la couronne britannique. Le coté patriotique n'est vraiment pas caché, voire propagandiste, mais il n'empêche que la réalisation de (en particulier) David Lean fait des merveilles, car malgré les nombreux personnages, ça reste facile à suivre.
Ce qui fait que la carrière du réalisateur sera dès lors lancée, mais ses trois autres films seront des adaptations d'oeuvres de Noël Coward.