Dans la droite lignée du Nanook l'Esquimau de Flaherty, Cooper et Shoedsack réalise un film d'aventure exotique ou la limite entre le documentaire et la fiction est on-ne-peut plus trouble. Leur premier film, Grass, l'annonce cependant assez clairement : Oui, il dépeint une réalité incroyable (la migration d'une tribu d'éleveurs passant par un col à 4500 mètres d'altitude), mais sa construction scénaristique est maigre, et c'est cinématographiquement assez rudimentaire. Chang apprend de Nanook, en ce que les personnages, jouant tous grosso-modo leurs propres rôles, reconstituent leurs actions pour la caméra, mais fictionnalise à qui mieux-mieux en inventant aussi des choses. Alors oui, c'est assez amusant à voir, tant on voit les ficelles, on devine les plans « réels » saisis à la sauvette et intégrés dans la narration, tant cette vision presque colonialiste d'une jungle à apprivoiser à mal vieillie, et aussi dans ce que le film préfigure, dans ses thèmes ou au détour d'un plan (le mec qui se casse la gueule sur sa cage à poules, la place laissé au gibbon Bimbo), de l'opus magnum King-Kong que le duo fera par la suite.