Je n'ai toujours pas vu ni Get Out, ni Us, mais il va falloir que je m'y intéresse. Parce que si c'est comme le présent Nope, on est pas juste face à des « films qui revitalisent intelligemment le genre en y remettant ce qu'il faut de satire sociale » auxquels je m'attendait. Alors non, Nope n'est pas un chef d'oeuvre total, et il m'a même laissé par moment une impression un peu tiède, mais il m'a aussi donné le sentiment d'être une nouvelle étape dans le mode de narration ciné. Carrément.
Après 30 ans de post-modernisme, où les films citaient explicitement d'autres films, d'autres éléments culturels, en recherchant tantôt la dimension de référence, l'intégration à un ensemble pop-culturel, tantôt la distanciation ironique et le clin d'oeil (lourdingue) au spectateur, Jordan Peele me semble avoir inventé une sorte de post-post-modernisme. Nope est plein de références culturelles (niveau ciné, on va de Muybridges aux animés Evangelion et Akira), mais elles sont digérés, intégrés, et servent le récit. Je m'interrogeais quant au pourquoi du délire Gordy et Compagnie dans le film, pensant voir Peele juste jouer sur la nostalgie certaine qu'on peut avoir vis-à-vis de ces sitcoms des 80's/90's et leur esthétique kitsch, avant de comprendre qu'il y concentrait ce qui est le propos même du film : Le rapport à une créature « autre » et sa mise en spectacle, son exploitation...
Bref, au-delà d'une resucée originale de bon nombre de films de flying saucers, et part le fait que le film peine un peu à être aussi émouvant et attachant qu'il le devrait (peut-être est-ce la contrepartie de cette digestion des figures qu'il exploite : tout cela perd un peu de son âme et de sa fraicheur?) Nope est un film qui me laisse à penser que oui, le cinéma a encore des choses neuves à offrir. Et ça, c'est pas rien.