Je trouve que Doug Liman est un réalisateur sous-estimé et ce film renforce mon opinion. Entendons-nous bien, il ne s'agit pas d'un chef-d'oeuvre. Je m'attendais d'ailleurs au pire en le lançant, au vu du sujet et des acteurs, n'aimant ni le jeu de Tom Holland, ni le non-jeu de Daisy Ridley. Mais force est de constaté que, derrière son aspect de film de science-fiction de seconde zone et pour adolescents, je lui trouve une certaine bonne volonté dans son exécution.
Il faut d'abord s'attarder sur le concept-clé de ce métrage. L'idée d'une planète où les pensées des hommes s'échappent de leur esprit pour se matérialiser autour d'eux est très intéressante. Cela permet déjà de poser une situation propice à l'analyse des discrimination de genre. On ne sera pas surprit de voir le film plonger à corps perdu dans ce discours, à coups de personnages féminins tous plus nobles les uns que les autres, avec en point d'orgue la chef de la deuxième colonie. A l'inverse, les hommes seront tous plus ou moins rongé par le vice du patriarcat, vice qu'il incombera à la nouvelle génération, représentée par le personnage de Tom Holland, de dépasser, voir transcender, pour montrer la voie au reste du genre humain, cela n'est-il pas beau. Heureusement, le manque de subtilité est compenser par un aspect que je trouve constant dans la filmographie de Liman, mais j'y reviendrais.
Continuons d'abord sur cette idée de pensées qui s'échappent de l'esprit. Je trouve que l'idée est très intéressante et permet de créer des situations intéressantes. Malheureusement, elle se heurte rapidement à des faiblesses d'écriture, à mon avis liées au contexte de production du film, voulu calibré pour un public précis. J'ai rapidement eu du mal à croire que cela faisait des années que ces gens de la première colonie avait vécu tant d'années dans cet environnement. Normalement, au bout d'un moment, on finit par s'habituer aux lois qui nous régissent, et quelque chose d'aussi impactant que le fait d'avoir des "fuites" de pensées aurait du engendrer des comportements, des habitudes, une organisation de la société. Or, on a l'impression qu'à chaque scène les personnages redécouvrent le concept.
Cette impression est appuyée par la servitude du concept au scénario. En effet, on se rend rapidement compte que, finalement, les pensées filtrent quand c'est bien pratique pour le scénario. L'idée perd alors de sa consistance dans l'univers pour ne devenir plus qu'un ressort de narration comme un autre, se révélant décevante.
Mais comme je l'ai dit plus tôt, il y a des éléments qui sauvent ce film et que j'attribuent au réalisateur.
Les scènes d'actions sont dans l'ensemble plutôt bien filmées. Si le genre n'est pas révolutionnées, tout reste à peu près lisible, on a l'utilisation de la pensée comme arme d'illusion qui est intéressante (et bien plus visuelle et donc cinématographique que son utilisation scénaristique) et certaines scènes qui fonctionnent très bien, comme le crash de la capsule vers le début du film (je n'ai pas trop compris pourquoi elle se crashait d'ailleurs). Mais surtout, on apprécie l'attention portée par le réalisateur à ces personnages principaux, ici à Tom Holland en particulier. Doug Liman arrive à utiliser l'air un peu benêt de de l'acteur pour lui faire jouer un personnage d'adolescent qui n'a jamais rencontré la moindre fille, qui est incapable de résister à ses pulsions et qui se laisse embobiner par la première figure un peu virile venu.
D'ailleurs, ce personnage de Mad Mikkelson aurait pu avoir un peu plus de profondeur, l'acteur se retrouvant à devoir abuser de sa bouille et de son charisme naturel.
Au final, Doug Liman aura réussi à m'attacher à Tom Holland, que je n'aimais pourtant pas du tout, en s'attardant sur le personnage, en essayant de lui créer une personnalité, et en le mettant dans les situations habituelles de ses personnages principaux, à savoir un personnage masculin qui se retrouve traqué par son milieu d'origine et qui va trouver du sens dans la double quête de compréhension de l'environnement qui l'a façonné et de protection de l'amour féminin récemment découvert. Sans être une grande oeuvre d'art, ce film est de la science-fiction tout à fait honnête et à mon sens une bien meilleure réussite que nombre de ses concurrents.