Chappie Ch'est Chuper !!!
Dire que j'attendais "Chappie" serait un euphémisme. Depuis son annonce, peu après la sortie de "Elysium", ce projet n'a cessé de grimper dans mes attentes pour 2015. Un film de robots réunissant Dev Patel, Sigourney Weaver et Hugh Jackman sous la direction du réalisateur de District 9 ? Cela ne pouvait être qu'un bon film. Alors quand on y ajoute l'Afrique du Sud, de la violence et Die Antwoord, cela devient l'un des plus gros films de SF attendu de l'année.
Lors du visionnage de ce film, on a le poids du passé et du futur de Blomkamp. Avant ce troisième film, il a réalisé "District 9" qui m'a réconcilié avec les films d'extra-terrestres cheaps mais excellents mais il a aussi réalisé "Elysium" qui m'a brouillé avec Matt Damon et Jodie Foster. Peu de temps avant l'arrivée de "Chappie" en salle, on a appris que Blomkamp allait diriger (et probablement écrire ou co-écrire) le nouvel épisode d'"Alien". Il a donc à son actif un bon film et un nettement moins bon film et se voit confier les clés d'une saga plutôt malmenée sur la fin de sa vie. "Chappie" se doit donc de montrer ce que Blomkamp peut et est capable de faire avec des acteurs connus, une histoire plutôt simple et un budget assez réduis par rapport à son précédent long.
"Chappie" commence et ce film nous tient en haleine pendant près de deux heures sans faiblir un seul instant. Passé une introduction classique, le spectateur est plongé dans une Afrique Du Sud en proie à la violence jusqu'à ce qu'une société développe -grâce à un ingénieur- des robots pour remplacer les forces de l'ordre. On retrouve donc une société facon Skynet et des robots plus proches du T-800 que de R2D2 avec un duel d'ingénieur pour savoir qui a la plus grosse artillerie; l'arbitre étant Sigourney Weaver. De l'autre côté, on retrouve les deux protagonistes du groupe de musique Die Antwoord -Ninja et Yo-Landi Vi$$er- dans le rôle de gangstas plus paumés que méchants. De fil en aiguille, Blomkamp justifie l'emploi des robots par la police ainsi que la rencontre entre Chappie et les gangstas.
Le film devient vraiment un grand film à partir de la rencontre entre Chappie et Yo-Landi. Du film de robots classique bourrin, Blomkamp change son film en une odyssée d'apprentissage où un robot qui n'aurait du être qu'une machine à tuer devient un être humain capable de penser et d'avoir des émotions. Les échanges entre Chappie, ses "parents" et son Créateur sont un constant balancement entre le rire et les larmes. Tandis que certains ne voient en lui qu'une arme, d'autres le voient comme un enfant qu'il faut éduquer et éveiller au monde. Son apprentissage se fera dans la douceur et la violence, selon que son père ou sa mère le forme. On comprends assez vite que Chappie a et aura jusqu'à la fin du film une mentalité d'enfant qui ne veut que le bonheur des gens. Il était clair que cela ne pouvait pas se terminer comme prévu et la narration prends un tournant guerrier sur la fin et permet à Blomkamp de délivrer une fin honnête et juste (avec un petit hommage au passage).
Le jeu des acteurs est parfois inégal mais l'alchimie entre tous passe plutôt bien, on oublie assez vite que Chappie est un robot tant il apparaît humain et attachant. La réalisation de Blomkamp a un côté débrouille, suédée qui fait passer le film dans un registre comique mais néanmoins crédible. Ce qui constitue la force du film, c'est que Neill a réussi à transporter dans des décors réels un futur de destruction sans que cela ne fasse exagérer. La BO -signée Hans Zimmer- permet de renforcer le caractère sombre mais optimiste du film et les incursions des chansons de Die Antwoord sont un régal auditifs. La fin apparaît simpliste mais elle est comme les fins que Blomkamp a servi jusqu'alors, une fin simple mais avec un acheminement d'événements cohérent et logique.
Chappie est donc la somme de ce que Blomkamp a apporté au cinéma : un film qui sous couvert d'un blockbuster se permet de dénoncer les travers de la société et ses multiples formes. Il va donc être intéressant de voir ce que Blomkamp peut apporter à la franchise Alien.