A condition d'accepter les mécaniques de la comédie à l'ancienne, c'est à dire des acteurs qui en font des tonnes, toujours dans l'excès niveau diction et une bande son cartoon qui appuie parfois lourdement l'action, Chaussure à son pied constitue un amusement très recommandable en plus de faire la lumière sur cette époque où les parents choisissaient maris à leurs filles, en s'acquittant, qui plus est, au passage de la fameuse dot dont le concept paraît tellement dingue aujourd'hui qu'on se demande comment ça a bien pu exister.
Ce qui m'a le plus convaincu dans ce film en particulier, c'est le sens du rythme de Lean. En moins de deux heures, tout un tas de trucs se passent à l'écran, jamais on ne regarde sa montre. Certes, la métamorphose du mari est un peu précipitée, mais ça fonctionne à mon sens, mention spéciale à la relation qu'il partage avec sa femme, dont l'issue paraît naturelle, ce qui n'était pas gagné au début. Je trouve assez remarquable la manière avec laquelle Lean échange les rôles, cette femme forte qui se forge un mari à son image dans un film des années 50, je gage que ça ne doit pas être monnaie courante et si ça fonctionne ici autant, c'est parce que l'équilibre entre les deux personnages est réussi. J'aime tout particulièrement le début, avec Maggie qui règle ses comptes avec sa concurrente et force la main au pauvre William.
Pour la faire courte, Chaussure à son pied est un film maîtrisé, je trouve, que j'aurais encore plus apprécié si l'humour qui le conduit avait été moins forcé, mais en l'état, je n'ai pas grand chose d'autre à lui reprocher, d'autant plus que formellement, c'est solide. Je retiens tout particulièrement le moment où la caméra filme la famille attablée, sans le père, qui célèbre le mariage de Maggie et William, à travers la lucarne côté rue qui donne sur la cave/atelier, qui résume bien pour moi le soin dont fait preuve Lean ici et qu'on lui connaît d'ailleurs dans les films dits plus sérieux qu'il réalisera par la suite.