François Pignon (Gérard Jugnot) à la garde du grand appartement de son parrain (qu'il n'a jamais vu), un mec plein de pognon parti faire le tour du monde sur son bateau. Tandis qu'il pense à sa femme, laquelle l'a quitté, et qu'il fantasme sur la décoratrice (Alexandra Vandernoot) de l'appartement, laquelle l'ignore complètement, Pignon reçoit la visite de Michel Toulouse (Éric Le Roch), contrôleur fiscal. Celui-ci ne vient évidemment pas pour lui mais pour son parrain. Monnayant des informations (qu'il ignore) de première main sur le contrôlé, François propose au contrôleur de dire à tout le monde que c'est bien lui, Pignon, qui se retrouve poursuivit par le fisc. Cette idée saugrenue lui est venue afin de pouvoir enfin exister. En effet, si son ex-femme, son pote banquier qui est censé lui trouver du travail mais ne lui en trouve pas et, pire, le fait interdire de carte de crédit, et la décoratrice apprennent que ce minable Pignon est victime d'un contrôle fiscal c'est bien parce qu'il a caché de l'argent. Et pour tous ces gens, un type qui a de l'argent, même caché, devient tout de suite très, mais alors très intéressant…
Pourquoi l'auteur des géniaux La chèvre et Le dîner de cons, qui semble maîtrisé la mécanique implacable du dire, a-t-il raté son coup ?
Pourtant, cette pièce avait tout pour plaire : Gérard Jugnot incarnant Pignon dans la nouvelle pièce de Francis Veber, il faut bien dire que c'est une affiche qui a de la gueule.
Et le public fut au rendez-vous puisque ce fut un succès de la saison théâtrale.
Impossible, d'ailleurs, de lui en vouloir à ce cher public qui s'est déplacé pour voir ce Cher Trésor, puisque si j'en avais eu l'occasion, j'aurais fait comme lui.
Aujourd'hui, je ne regrette pas mes économies. Une place de théâtre coûte cher surtout quand la pièce ne tient pas ses promesses.
Cela fait deux fois que je joue les spectateurs... devant ma télé donc. Et cela fait deux fois que je reste bel et bien... chez moi ! Le voyage ne se fait pas.
Devant Cher trésor je suis bien obligé de le confesser, je ne prends pas mon pied.
Sans mettre en cause l'absence de moustache chez Jugnot (ça fait longtemps qu'il a viré de bord, le bougre, et il n'en n'a pas été moins bon pour autant), j'ai trouvé qu'il y avait surtout un problème évident de rythme. La pièce ne décolle jamais vraiment. Il n'y a absolument pas cette escalade de quiproquos, gags, retournements de situation que l'on peut savourer dans le magique Le dîner de cons, jusqu'à avoir besoin d'un break afin de pouvoir essuyer ses yeux ou reprendre son souffle.
Malheureusement, je crois que Veber, lui, s'est essoufflé.
Après Le placard, il a écrit et réalisé trois films (Tais-toi ! La doublure et L'emmerdeur) dans lesquels il y a encore parfois de vraies trouvailles de pure comédie, mais les histoires s'épuisent avant un final souvent décevant.
Comme la durée de ses films tournent autour des 1h20, on ne s'en rend pas forcément compte, mais quand on les regarde bien, on ne peut pas nier qu'ils s'embourbent après 45 minutes parfois superbes dans Tais-toi !, plutôt bonnes dans La doublure, et déjà insupportables dans L'emmerdeur (mais quelle idée à la con de faire un remake de ce film) dont il n'y a rien à sauver.
Tout ça pour dire que la mécanique s'est grippée et que si l'auteur a cherché un second souffle au théâtre, il n'y parvient pas avec ce Cher trésor.
Je reste persuadé que si Francis Veber avait écrit cette pièce, ne serait-ce que dix ans plus tôt, ça aurait sûrement été davantage dans la même veine de drôlerie que Le dîner de cons.
Seulement, quand on a atteint son apogée (et ce fut le cas avec le Pignon/Villeret), on ne peut que redescendre. Il faut juste prendre garde à ne pas dévaler. Mais la vérité c'est qu'il y a toujours un moment où on perd de son talent (parce que l'âge, parce que le succès apprend à se reposer sur ses lauriers, parce qu'on est moins dans l'air du temps, parce qu'on a trop confiance en soi, parce qu'on a beaucoup donné avant et qu'on ne fait plus l'effort qui faisait la différence…).
Qu'on me comprenne bien, je ne remets pas en cause les idées de Veber ni même sa qualité d'écriture, mais leur exploitation.
Déjà, dans cette pièce, la mise en exposition n'est pas bonne. Le début ne repose pas sur de bonnes fondations. "Un chômeur n'a jamais vu son parrain mais celui-ci lui a trouvé du boulot comme gardien de son grand appartement pendant qu'il est en voyage". Même si on connaîtra à la fin de la pièce les raisons de cette générosité, ça ne tient pas la route. François Pignon, c'est-à-dire Gérard Jugnot est trop vieux. S'il avait eu 20 ans, ok, mais à 50 ans un type que tu n'as jamais vu, ne t'aide pas parce qu'il est ton parrain. Juste tu ne fais pas partie de sa vie. Et s'il le fait, tu n'acceptes pas sans le rencontrer et sans obtenir une explication. D'autant que le "gardien" que le nanti ne connaît pas plus qu'il n'est lui-même connu, pourrait s'avérer être quelqu'un de malhonnête genre squatteur.
Ensuite, cette idée, celle sur laquelle repose toute la pièce, qu'a Pignon de demander au contrôleur fiscal venu pour épingler son parrain de dire à tout le monde que c'est lui, le filleul, qui a un problème avec le fisc.
D'accord, dans ce genre de comédie, on a vu des canevas de départ beaucoup plus fragiles, pour ne pas dire "débile". A condition toutefois que ça soit bien amené. Or, ici, Pignon discute avec le contrôleur de tous ses problèmes personnelles et, d'un seul coup, la solution lui apparaît : vous allez dire que c'est moi que vous contrôlez !!! Une illumination divine. Ce n'est pas Pignon, c'est Saint-François. Cela vient dans la conversation comme un vulgaire "reprendrez-vous un peu de saucisson ?" et c'est censé être suffisant pour pousser la fameuse boule de neige qui doit grossir sous nos yeux ébahis jusqu'à déclencher une avalanche de rire devant des situations et des malentendus tous plus hilarant les uns que les autres ?
Eh bien, je suis désolé, car j'aurais bien voulu vous annoncer le contraire, mais, pour moi, ça ne fonctionne pas du tout. Boule de neige va fondre comme un glaçon égaré sur une plaque chauffante.
Et pourtant, croyez-moi, avec ce genre de théâtre (qui est le seul que j'aime vraiment) j'ai avalé des couleuvres beaucoup plus grosses.
Pour le reste, c'est-à-dire le rêve et l'évasion, les grosses productions du Théâtre de Boulevard sont souvent promesse de beaux décors (Roger Hart, si tu nous regardes). Ici, malheureusement, le décor est pourri (ok, c'est voulu, puisqu'une décoratrice est en train d'installer dans l'appartement des œuvres d'art abstraites et modernes du pire mauvais goût, mais ça aurait été bien que ça change à un moment, parce que là, à la longue, c'est juste pénible à regarder).
Non, très franchement, on est loin du bon vieux et, j'en conviens volontiers, nostalgique Au théâtre ce soir, mais surtout, on est loin du grand Francis Veber.
Et si j'ai dû verser une larme, ça n'était pas une larme de joie, encore moins de rire.