Bon, ne reste donc que Munich pour me convaincre que Spielberg n'a pas définitivement sombré dans la démence sénile entre 2004 et 2005 (oui je considère lâchement, sans l'avoir même vu, que ce n'est pas la Guerre des mondes qui sauvera l'honneur).
Dans un opus en mineur, sur une partition mineure de John Williams, avec un film pour les mineurs, Steven nous tend en quelque sorte le majeur, un pied de nez dérisoire et pathétique à l'homme de cinéma qu'il était.
Il y a peut-être un soubresaut, mais on n'est pas sûr d'avoir bien vu ni même que ce soit fait exprès, lors de cette scène où le cheval traverse au grand galop un champ de bataille irréel.
Le reste du temps, la pellicule regorge de couleurs qui dégorgent abondamment, vomissant leurs immondes filtres sur des scènes ineptes et mollassonnes qui n'en demandaient certes pas tant.
Peut-être seule osmose dans cette bérézina cinématographique, les acteurs sont au diapason du désastre ambiant, oscillant du médiocre au franchement mauvais, articulant cette question que l'on souhaiterait ne plus jamais se poser mais qui revient pourtant trop souvent : comment pousser le vice jusqu'à faire cachetonner un casting pareil ?
Peter Mullan n'est que l'ombre de lui-même, Niels Arestrup fait oublier qu'il a su jouer un jour en une caricature de grand-père franchouillard et éploré, et le jeune premier à qui je ne concéderai pas l'honneur de mémoriser son nom peine à tenir le rythme avec son cheval, que ce soit niveau charisme ou le reste.
Et bien sûr, plus fort encore que le dégueulis épileptique que sont la couleur et la lumière (atteignant un apogée désespérant lors de la scène finale, ainsi que l'ont souligné d'estimés collègues), il y a cette partition, ce chiffon devrais-je dire, de John Williams, envahissant chaque instant du fiasco, lui ajoutant une dimension tragique tant on entend presque le pauvre compositeur gratter son papier de désespoir, dérangé sans cesse par ses enfants.
Les enfants justement.
On pourrait se dire que le film est pour eux, abreuvés de la mièvrerie extrême déployée avec la dernière énergie.
Et pourtant la gravité du propos, la dureté de certaines scènes, condamne ce public tout autant que les adultes, qui auront décroché dès la scène du labour sinon avant.
Il est bien évident que tonton Steven est à la fois condamné et sauvé par son passif : je n'ai pas eu le coeur de lui mettre 1, d'autant que le niveau d'énervement généré par son Cheval de prout n'était pas si élevé qu'il peut y paraître à la lecture de ces lignes.
Mais impossible également de ne pas condamner ce qu'il est devenu, après les épreuves que furent Indiana Jones 4 et 5 (enfin, Tintin il paraît).
L'homme qui savait charmer les grands et les petits en écrivant pour les ados est mort, et laisse place à une carcasse vide, sans talent ni émotion, et ce que l'on pardonne au moins partiellement à un tâcheron quelconque, difficile de comprendre comment un Spielberg a pu le commettre.