Maître incontestable du pathos et de la machine hollywoodienne, Steven Spielberg a su faire rêver toute une génération d’enfants dans les années 80 avec des films aux dimensions épiques et qui ont fait de lui un standard en matière de grosse production à succès. War Horse n’échappe pas à la règle et fait d’une histoire a priori bancale un grand divertissement pour ces gamins devenus adultes.
Il ne faut pas se tromper, War Horse est bien loin des chefs-d’œuvre auxquels on a eu droit il y a de cela déjà 20 ans – Jurassic Park, Schindler et plus loin encore avec E.T. – mais il a le mérite de ne pas tromper le spectateur. On nous a promis l’histoire héroïque d’un cheval et de son maître séparés par la guerre et on y a droit, avec son lot de drames, d’action spectaculaire et d’émotions. Scénario tout à fait improbable, dans une guerre meurtrière où le sang ne coule pas et où l’amitié peut surmonter tous les évènements, où la cruauté de l’homme dévaste l’innocence, Spielberg sait ce qu’il fait et s’il n’innove pas vraiment, réussit au moins à ressortir sa vieille recette avec brio, un peu comme un repas de grand-mère : c’est souvent simple, c’est assez lourd mais qu’est-ce que c’est bon ! Si bien qu’on en redemande, jusqu’à plus faim, jusqu’à un happy end bien trop sucré qu’on accepte plus par politesse (et parce que la Mamie, elle ne laisse pas vraiment le choix, quelle tortionnaire !) que par gourmandise.
Le film peine un peu à démarrer et le caractère grotesque du premier personnage secondaire (le maître) est souligné, surligné, en gras au moins pour nous faire comprendre qu’il en veut, qu’il aime son cheval et que malgré la tonne de coups durs que la vie lui assène, il va de l’avant. On connaît la recette et parce que ça fait longtemps au début le goût en bouche est un peu bizarre. Mais on s’y habitue vite et les morceaux de bravoures vont même jusqu’à donner la chair de poule. Le plaisir coupable de revenir en enfance et d’accepter tout ce qu’on nous donne du moment que c’est fantastique, que ça fait rêver. Steven Spielberg nous régale vraiment et ne perd rien de son talent.
Parce qu’au-delà de cette identité hollywoodienne made in 80, le film a de nombreuses qualités qu’on ne peut nier et ce surtout grâce à son réalisateur. La guerre des tranchées est très bien retranscrite, visuellement et on sent que Spielberg a l’expérience nécessaire pour rendre le conflit très réel. Aussi quand Joey (le cheval) transverse le No Man’s Land, on voit apparaître la maîtrise dans la mise en scène, le sens du divertissement, la réussite totale et l’art du maître. C’est tout simplement superbe et ça fait oublier la plupart des mauvais moments du film où les acteurs plus que passables et très mal doublés s’empêtrent dans leurs rôles, sans consistance. Qu’on se le rappelle, c’est Joey la star, il n’a pas besoin de mots pour se faire comprendre et faire passer l’émotion. Il est d’ailleurs supérieur à bien des humains dans le film, tant par son courage que par son intelligence.
Du pur entertainment, qui permet de passer un bon moment de cinéma devant la télévision le soir : on se change les idées sans pour autant d’abrutir à coups de blockbuster sans cervelle. Steven Spielberg n’a rien perdu de son talent et sait faire plaisir à son public. Espérons que son prochain Lincoln saura donner une leçon d’histoire sans entrer dans le ridicule et le pathos excessif (seul défaut du réalisateur).