C’est peu dire que d’affirmer que celui-ci devait être vu quand à peu près tout mon entourage m’en a parlé à un moment ou à un autre. C’est un premier film et on ne s’en étonnera pas. C’est aussi la véritable consécration de Raphaël Quenard et ça non plus, on ne s’en étonnera pas.
Dans un petit village méridional, Dog et Antoine traînent. Antoine, il cause tout le temps en faisant de longues phrases et en citant Montaigne. Il deale un peu aussi parce que ça occupe et parce qu’il faut bien vivre. Dog, il parle pas, probablement parce qu’il n’a pas grand-chose à dire et parce que son pote parle pour lui. Un jour, Elsa débarque et entame une relation avec Dog. Trois personnes, ça fait toujours une de trop.
On est d’abord séduit par le décor et l’ambiance. Les vieilles pierres, les ruelles étroites, les placettes propices aux fins de soirées, la lumière magnifique du crépuscule. On suit nos deux compères dans ce dédale et dans le no man’s land qui l’entoure. Ils savent pas bien où ils vont et nous non plus. Sagement, on attend que quelque chose démarre. Pendant ce temps, Antoine cause, parle, raconte, ordonne, annonce, pérore, explique, maugrée, cite Montaigne. Effectivement, Quenard (Antoine) prend de la place et c’est bien sur lui que repose le film. Trop sûrement. Le personnage est assez insupportable et en même temps fascinant. On hésite toujours entre lui donner raison et lui dire d’aller se faire cuire un œuf. Reste que l’acteur rayonne. Par contraste, autour de lui, c’est vide. Alors si dans le vide il n’y a qu’un personnage et que celui-ci est pénible, ça rend la séance peu agréable. On pourra vanter la qualité des monologues et la richesse lexicale de l’écriture mais hormis un bel exercice de style, on reste froid devant cette intrigue anecdotique. Oui mais c’est une chronique, me direz-vous, c’est la vie des jeunes à la campagne. Certes, mais je suis peu convaincu du réalisme de tout ça. Reste que la mise en scène est une réussite et que l’objet ne manque pas de charme formel.
Donc ? Beaucoup de bruit pour rien ? Non, je comprends l’attrait mais ça ne m’a pas parlé (et pourtant ça cause). On retiendra que Quenard reste un bon pari pour l’avenir.
>>> La scène qu’on retiendra ? L’engueulade au milieu de nulle part. Quand la libération passe par la confrontation.