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L'Arme fatale
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le 2 avr. 2012
Troisième collaboration entre Toshiro Mifune et Akira Kurosawa après l’Ange ivre et le Duel silencieux, voire quatrième si l’on compte la Montagne d’argent dont Kurosawa a écrit le scénario, Chien enragé sort au Japon en 1949, un an avant Rashomon. Il est produit par la Shintoho et distribué par la Toho. Il fait partie de ces films de Kurosawa qui seront redécouverts en Occident après que lui et Mifune atteignent le statut de star.
Dans le Japon d'après-guerre, le détective Murakami (Toshiro Mifune), fraîchement arrivé dans la police, se fait voler son arme de service chargée de sept balles. Il part à sa recherche dans les quartiers pauvres de la capitale et met à jour un petit réseau de trafiquants d’armes, mais ne retrouve pas la sienne. Il rejoint alors le détective Sato (Takashi Shimura) pour enquêter sur l'affaire dans laquelle est mêlée son arme volée.
Chien enragé s'inscrit dans la vague des films noirs qui déferle sur le Japon dans les années 50 et 60. Avec la capitulation de l’empire, l’industrie cinématographique échange une censure pour une autre, l’injonction de la censure impériale était de faire des films patriotiques, la censure américaine, elle, liste les sujets à éviter et pousse à traiter des sujets contemporains, sauf ce qui touche de près ou de loin à la bombe atomiques et ses effets. La fin de la guerre marque aussi la reprise de l’importation des films étrangers, notamment américains et notamment les films noirs produits pendant la seconde guerre mondiale. Toutes les conditions sont donc réunies pour que l’industrie japonaise s’empare de ce genre et le décline de mille façons. Kurosawa y apose un mélange d’humanisme et de réalisme.
Le film, tourné quasi intégralement en studio, tente de recréer l’atmosphère urbaine du Tokyo d’après-guerre entre reconstruction, pauvreté et survie. Cela donne lieu à une très belle scène dans laquelle Murakami déambule dans les rues à la recherche des trafiquants d’armes. La photographie d’Asakazu Nakai oscille entre une large palette de gris donnant une impression réaliste proche du documentaire et des plans en noir et blanc fortement contrastés assez typique de l’esthétique des studios.
Le duo formé par Mifune et Shimura fonctionne à merveille. Toshiro Mifune livre une performance magnétique et très physique. Avec très peu de dialogues, il campe un détective qui se débat contre la situation et la moiteur de l'été tokyoïte pour ne pas laisser exploser les sentiments de frustration et de culpabilité qu’il a à fleur de peau. En contrepoint, Takashi Shimura est un détective rodé et patient, fin connaisseur de l’âme humaine mais qui ne se laisse jamais vraiment attendrir, et qui n’est pas sans rappeler Maigret par certains aspects.
Loin du cynisme et de la contestation des films noirs des années 60, Kurosawa fait le constat d’un Japon d’après-guerre extrêmement pauvre et inégalitaire tout en mettant chacun face à ses choix et refusant d’excuser la violence par les conditions sociales. Même si certaines prises de positions du réalisateur peuvent paraître moralisatrices, le film reste très vivement conseillé pour son dynamisme et son interprétation.
Créée
le 22 déc. 2025
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