On les appelait les « Frog Boys ». Ils étaient partis chercher des œufs de salamandres dans les eaux de la colline...
« Cinq enfants ont disparu au Mont Wa-Ryong en 1991, le délai de prescription ayant expiré le 26 mars 2007, l’enquête et les charges ont été abandonnées. » Vingt ans plus tard, Lee Kyoo-man s’empare de ce drame absolu pour dédier un film mémoriel à tous ceux qui ont souffert de cette tragédie nationale.
Si Children s’inspire ouvertement du chef-d’œuvre Memories of Murder, tant sur le fond que sur la forme, le réalisateur n’a pas à en rougir. Le film ne plagie pas celui de Bong Joon-ho, il s’en nourrit. Il lui emboîte le pas pour dénoncer l’État coréen et son abandon des recherches des enfants disparus et le pointer du doigt.
Lee Kyoo-man n’hésite pas, non plus, à autopsier les failles institutionnelles qui ont enlisé l’enquête : le sensationnalisme médiatique, les manipulations judiciaires et les investigations bâclées… jusqu’à suspecter les parents pour pallier le manque de résultats.
Sa réalisation est radicale. Il fictionnalise le réel pour déjouer le silence et dépouille ses personnages de toute forme d’humour. Ainsi, intelligemment, le réalisateur nous piège, nous empêchant de prendre une quelconque distance avec le drame qui s’écrit devant nous.
On notera, aussi, le travail de recherches minutieux mené en amont par le cinéaste : creusant les pistes, les théories et les suspicions non révélées faute de preuves juridiques. Du contenu de ces tiroirs refermés, il s’en sert, comme d’une vérité sur un fil, entre supposition et dénonciation.
Une fin bouleversante, sans voyeurisme morbide, sans surenchère mélodramatique, mais d’un réalisme d’émotions brut et d'une insoutenable détresse, profondément violente. Une belle œuvre, indispensable, pour ne pas oublier les petits « Frog Boys » de Daegu qui, un jour, se sont évaporés.