Quand l’écriture suédoise rencontre l’interprétation coréenne…
J’avais vu la série originale « Älska mig » à sa sortie, en 2019 et je l’avais beaucoup aimée ; pour son thème, pour la profondeur du désarroi des personnages confrontés à un évènement tragique, pour leur résilience salvatrice, pour son humour et d’autres raisons que l’on retrouve, six ans plus tard, dans cette adaptation réussie made in Corée.
Il y a, ici, quelques prises de liberté et modifications du scénario mais qui se situent davantage dans la forme que dans le fond. Je ne m’y attarderai pas. Le but n’est pas de comparer la version scandinave, bien que je vous la recommande, à la version asiatique.
Si je devais émettre une seule comparaison, celle-ci se situerait au niveau du personnage féminin principal.
D’un côté, à Stockholm, si l’actrice solaire, Josephine Bornebusch, interprète parfaitement son rôle, avec davantage d’humour et de liberté, ce n’est pas seulement pour des raisons culturelles. Elle a écrit le scénario et connait, donc, dans les moindres détails, chaque facette de son personnage.
De l’autre côté, dans les quartiers de Séoul, c’est la Seo Hyun-jin de The Trunk que l’on retrouve, dans une performance plus sombre, plus discrète et intense mais qui, au fil des épisodes, fera évoluer son personnage, le rendant plus lumineux, tout en restant fragile. Un rôle qui lui va bien et qu’elle interprète avec beaucoup de justesse.
Un point de départ tragique. Lorsque la mort tombe à nos côtés, la détresse, la confusion et l’incertitude viennent, indubitablement, remplir le vide de cette absence soudaine. Tel est le drame qui viendra ébranler cette famille jusqu’ici bancale.
Avec le père (interprété par un Yoo Jae-myung bouleversant), récemment retraité, et qui vient de passer des années à s’oublier en s’occupant de sa femme malade.
Avec le fils (l’acteur Lee Si Woo), un étudiant en fin de parcours, qui se cherche professionnellement, tout en se perdant dans une relation amoureuse toxique.
Et, avec la fille (Seo Hyun-jin), une gynécologue qui a enfoui une culpabilité liée à sa mère, sous une montagne de solitude.
Pourtant, de cette fatalité familiale douloureuse naîtra un miracle ; le besoin urgent d’être aimé, là, tout de suite, et une terrible envie de vivre, ici, et maintenant. Pour eux, cette soif d’écrire le nouveau chapitre de leur vie n’est pas une fuite en avant, c’est un impératif de survie. De ce constat, s’ensuivront des rencontres, des péripéties, des histoires d’amour et des transformations inattendues ...
Quant à la réalisation (à l’exception d’une ellipse temporelle, de deux ans, un peu abrupte et d’un ou deux petits riens), elle est superbement maîtrisée. L’image est belle et certains champs-contrechamps, caméra fixe, de personnages attablés, nous emmènent, sans détour, dans la complexité de leurs émotions et de leurs pensées.
Si la série n’a rien de bergmanien, le réalisateur Jo Young-min (The Interest of Love, …), semble, toutes fois, au travers d'un ou deux plans, s'en inspirer, et quoi de plus normal lorsque l’on s’empare d’un scénario suédois. Notamment, un passage hors-champ que j’ai, particulièrement, adoré (allant jusqu’à me repasser cette courte scène plusieurs fois).
Un instant furtif qui n'est pas sans rappeler ce baiser hors-champ, dans Jeux d’Été (1951), alors que seul le bas des jambes des acteurs est filmé ; une ballerine se hissant sur les pointes de ses chaussons face à des chaussures d’homme.
Dans Love Me, à l’inverse, c’est à reculons que les talons de Seo Hyun-jin se meuvent, racontant la tension qu’elle ressent, par l’arrivée impromptue de l’ex-compagne.
Mieux, encore, alors que l’ambiance générale et musicale de la série est, plutôt, jazzy, quelques notes électroniques viennent accompagner ce mouvement de recul, accentuant le malaise de la situation. Des sons électro que l’on retrouvera, d’ailleurs, à plusieurs reprises, lorsque l’ex revient dans les parages.
Bien sur, je pourrais, aussi, vous parler de cet amoureux, au jeu, peut-être, plus intéressant que son homologue suédois, de la guide de voyages, du pétage de plomb de la tante, de l’ado et de sa mère, …
Il est tellement rare de voir de si bons dramas que mon enthousiasme semble avoir débordé, alors si vous êtes arrivés jusqu’ici, je vous dis Merci.