Sur l'affiche, il y a des gueules et un titre confirmant que le grand remplacement est en cours. Cela pique ma curiosité et comme je suis en phase de réconciliation avec le cinéma français après Nocturama, Divines et Victoria, je me sens pousser des ailes pour me poser dans une salle obscure.
Sofiane (Sofian Khammes) vient passer deux semaines de vacances dans sa famille vivant au sein d'une cité nord de Marseille. Il retrouve son frère Slim (Mourad Tahar Boussatha), un dealer permettant à sa famille de survivre malgré le regard désapprobateur du père (Slimane Dazi). Mais Slim va être abattu et Sofiane veut le venger, au risque de mettre ses études et son avenir en péril.
Un énième film sur la banlieue, sur de méchants jeunes pas très gentils décoiffant Bernard de la Villardière, harcelant les braves policiers aussi mignon que des chatons et dealant des chocobons ? Que nenni, où presque.
La force de Chouf, c'est son côté documentaire, en collant au plus près de la réalité, tout en évitant de prendre parti. C'est aussi ses acteurs non professionnels où à peu près. Le premier rôle Sofian Khammes est une belle découverte, il passe de la rage aux larmes, sans donner l'impression de forcer. Son regard lors du décès de son frère, marque l'esprit. Il a ce truc qui fait qu'on s'attache à lui, est-ce sa bouille, son désir légitime de vengeance où l'envie de le sauver, un peu de tout ça à la fois. Face à lui, il y a l'impressionnante masse de Foued Nabba, le caïd de la cité, celui qui tente de l'empêcher de mettre un pied dans le trafic. La relation entre ces deux personnages est complexe, le premier a pu s'échapper de la cité pour ses études, alors que le second a fait ses armes dans la rue. Leur union est un mélange explosif de violence et de réflexion.
L'immersion est totale. La réalisation de Karim Dridi nous laisse peu de répit, à chaque moment on pense que cela va déraper, c'est intense. On a l'impression de croiser des visages qu'on a connu, des situations vécues, mais aussi d'être au cœur d'une intrigue vu et revu. La fiction est convenue dans ses rebondissements et son final. Cela gâche le plaisir que procure par moments le film. Les personnages ne sont pas tous intéressants, tout comme la romance qui est surtout là pour servir de trame dramatique, alors que Nailia Harzoune brille de par sa force de caractère, au milieu de ses mâles ne sachant s'exprimer que par la violence verbale ou physique.
La cité ne voulait pas de Sofiane, elle est fière de son parcours et de l'espoir qu'il porte en lui, celui de réussir même si la vie ne leur à pas donner les meilleures cartes au départ. Mais en même temps, elle accepte le trafic et l'argent qu'il génère, cela permet de régler les factures, de faire plaisir aux petits et de ne pas vivre constamment dans la précarité. Le film n'est pas dans le jugement, il montre comment cela se passe, point. La police n'est pas épargnée, elle vient prendre sa part, tout en les traquant, cela s'appelle la double peine. Les familles regardent cela d'un sale œil, les mères s'insurgent, mais on ne se nourrit pas avec de bons sentiments et c'est bien dommage. On comprend aussi la soif de vengeance, Sofiane en a besoin pour faire le deuil, mais chaque acte à ses conséquences.
Le film a ses défauts, mais il est attachant, à l'image de son héros Sofian Khammes. Avec une intrigue moins prévisible et une fin brocardée, on aurait pu avoir une oeuvre plus prenante et passionnante.