1957.Une Plymouth Fury d'un rouge rutilant sort des chaînes de montage de Detroit en provoquant d'étranges accidents,un ouvrier étant tué et un autre gravement blessé.21 ans plus tard,la bagnole est devenue une épave gisant dans un terrain en friche près d'une maison à l'abandon.Jusqu'à ce qu'Arnie Cunningham,petit binoclard souffre-douleur de son lycée,passe par là et flashe sur l'automobile,le début d'une grande histoire d'amour et de meurtres.En 1983,John Carpenter était au sommet de son art et "Christine" est à la fois un de ses meilleurs films et une des meilleures adaptations de Stephen King au cinéma.C'est produit et distribué par la Columbia,coproduit par Larry J. Franco,l'habituel complice de Jean Charpentier,tandis que le scénario de Bill Phillips s'inspire très adroitement du roman de l'écrivain du Maine.Big John fait preuve de son habituelle maîtrise stylistique et crée une ambiance à la fois ouatée et tendue,typique du ciné américain des eighties.Son sens parfait du plan,des mouvements d'appareils et du timing assure une progression dramatique idéalement dosée et esthétisée,cette atmosphère immersive étant renforcée par les décors de Daniel A. Lomino et la photo de Donald P. Morgan.On retrouve donc ce cocon faussement sécurisant de banlieue californienne tranquille,assorti de quelques endroits plus naturalistes comme le collège,la vieille baraque près de laquelle végétait Christine,un drive-in sous la pluie et bien sûr le garage déglingué où Arnie bichonne sa tire.C'est plastiquement fascinant,avec cette image so eighties souvent nocturne avec ces rues à l'asphalte luisant sublimées par les lumières des réverbères.Et puis il y a la musique tintinnabulante cosignée par Carpenter en personne et son collaborateur coutumier Alan Howarth,tout ceci rappelant fort l'environnement visuel et sonore déployé dans "Halloween",sauf que l'assassin n'est plus un psychopathe masqué mais une auto dotée de caractéristiques humaines.La voiture qui prend vie est un thème peu utilisé au cinéma,mais ça arrive parfois.On se souvient du film d'Elliott Silverstein "Enfer mécanique" en 77,ou plus tard de "Maximum overdrive",seule réalisation de King,décidément travaillé par le sujet,dans lequel ce sont d'ailleurs toutes les machines qui échappaient au contrôle humain.L'histoire,narrée avec fluidité,semble brocarder certains aspects de la culture US comme la violence endémique ou le culte de l'automobile,mais le thème principal serait plutôt la revanche du loser et la psychose engendrée par la sensation de puissance.Arnie,post-ado malingre et complexé,trouve une assurance arrogante en tombant amoureux de Christine,et la caisse lui rend bien ses sentiments,mais elle est très jalouse.A mesure que son propriétaire sombre dans la folie,elle fait le ménage aussi bien parmi ses amis que ses ennemis,multipliant les agressions et se reconstituant à chaque fois de façon magique.Il est du reste un peu dommage que le récit manque d'ambiguïté à ce niveau-là,car la dimension surnaturelle du véhicule n'est jamais remise en cause alors qu'il eût été plus stimulant de ne pas savoir si en réalité Arnie n'était pas responsable des évènements,tout comme la fin convenue avec happy-end est décevante,production grand public oblige.Le casting comprend des jeunes acteurs qui ne feront pas une grande carrière et des anciens peu connus,mais tous effectuent de fantastiques performances.Keith Gordon passe de manière impressionnante du pauvre type souffreteux au fou dangereux,et John Stockwell assure en meilleur copain solaire dépassé par ces dérives.La mignonne Alexandra Paul est par contre à l'ouest et peine à imposer un personnage épisodique et sous-écrit.La bande de voyous du bahut est emmenée par William Ostrander,saisissant en surineur chevelu,et le gros Malcolm Danare,suifeux et vicelard à souhait.Une Kelly Preston quasiment débutante est charmante en pom-pom girl allumeuse,l'actrice,épouse de John Travolta,étant décédée en 2020 à l'âge de 57 ans.Ainsi qu'il est de coutume,tous ces jeunes gens sont trop âgés pour des lycéens,et ça se voit.Gordon et Stockwell avaient 22 ans,Danare et Preston 21,Paul 20 et Ostrander 24,pas très en avance scolairement tout ça.Parmi les plus vieux,on remarque Harry Dean Stanton,le plus connu de la bande,en policier tenace,le tout gras Robert Prosky en patron de garage louche,Christine Belford en mère désemparée d'Arnie,dont le nom de famille est Cunningham,comme le héros de la série "Happy days",et Roberts Blossom en vendeur de bagnole pressé.Et puis il y a Christine,un vrai personnage,la Plymouth Fury 1957 étant devenue une icône de la pop culture et du ciné de Carpenter,au même titre que Michael Myers,Snake Plissken ou Jack Burton.Il est à noter que son auto-radio déverse en continu de formidables vieux titres des années 50,l'époque de sa fabrication.Notes et critiques de films de John Carpenter publiées précédemment:"The Thing"-7,"New York 1997"-7,"Halloween,la nuit des masques"-7.Moyenne:7,2.