Ce film démarre fort, par les notes lumineuses, presque romantiques de Head Over Heels de Tears for Fears.
Une magnifique musique qui parle d'un élan, de vertige, d'amour qui fait perdre l'équilibre, et pendant qu'elle résonne, on voit débouler cette fille sur le ring. Le contraste est brutal, la beauté du son épouse la violence du combat.
Christy (Sydney Sweeney) apparaît ainsi un peu gauche, mal dégrossie, silhouette encore incertaine. Une boxe qui ne veut rien dire, quelque part dans un monde d'hommes.
Une gamine au joli sourire, venant d'une région minière de Virginie-Occidentale. Façonnée par la rudesse, par l'absence de tendresse.
Christy boxe à son image, non pas pour la gloire, ni pour devenir un symbole, mais plutôt pour sortir de l'ombre, gagner de l'argent.
Dans les années 90, elle devient alors la première grande figure de la boxe féminine, bien malgré elle. Une femme qui avance tête baissée et qui se fout de tous ces discours militants. Aucun étendard, ni combat collectif. Son seul combat, c'est le sien, celui de gagner suffisamment de fric pour quitter ce bled, et qu'importe la manière, afin d'être un jour reconnue, respectée, trouver sa voie.
À travers une interprétation remarquable, Sydney Sweeney montre toute l'étendue de ses talents d'actrice, lorsqu'elle s'efface derrière cette dureté et qu'elle transforme son corps, prend du muscle, apprend les gestes jusqu'à les rendre instinctifs.
À l'écran, elle encaisse, provoque, insulte, joue le jeu, pour se vendre aussi.
Notamment face au flamboyant et sulfureux Don King (Chad L. Coleman), homme d'affaires et promoteur de boxe aux shows totalement démesurés.
Leur face-à-face est comique, mais essentiel pour Christy, qui négocie plus qu'un contrat. Elle négocie une identité, l'espoir enfin de devenir quelqu'un, de toucher le pactole.
Mais le biopic de David Michôd prend une toute autre dimension lorsqu'il déplace peu à peu le centre de gravité du ring vers celui de Jim Martin (Ben Foster), excellent acteur qui interprète à la fois son mari, son entraîneur, un gestionnaire tout aussi dégueulasse que gros pervers.
Figure d'autorité devenue geôlier, une relation qui deviendra un piège pour Christy. Entre manipulation, violence et emprise, la boxe n'est plus un sport, mais une répétition tragique, où elle apprend à encaisser pour ne pas mourir.
Les scènes domestiques sont plus dures que les combats officiels. Le film ne cherche pas à embellir, il montre la domination nue, la peur qui s'installe, l'isolement et la cruauté d'une pauvre fille qui a vécu toute sa vie dans un environnement conservateur. Cachant des désirs pour les femmes, avec en arrière-plan une mère rigide et méprisante.
Une autre violence qui nourrit une tension constante, quand tout autour d'elle la somme de ne pas être différente.
Christy n'est pas un film triomphal. Il ne brandit aucun message d'espoir éclatant. Il raconte l'histoire vraie de Christy Martin, sa brève gloire et son parcours de survie et de courage, quand tenter d'exister signifie parfois se battre à l'intérieur comme à l'extérieur du ring. Frôler les cordes de très près et devenir une championne oubliée, sans trophée.
Mais au fond, peut-être que survivre à tout ça, c'est déjà gagner. Alors oui, on peut dire que Christy Martin est une sacrée gonzesse.