Une ville. Une autoroute. Un minimarché. Des badauds traversant la rue, se frayant un chemin à travers l'attroupement des grévistes, des SDF, des parias et des licenciés. Alors que les uns se prennent les revers de la vie en pleine face, les autres continuent de travailler, résignés et dociles. Et puis arrivent les cris. Et les coups de feu... Et c'est la débandade.
La plongée d'un homme dans la folie, c'est ce vers quoi semble aller le film de Joel Schumacher.
Sauf que. Sauf que Chute libre est en réalité bien plus que ça. Chute libre est autant une satire qu'un constat: celui de l'échec d'une société, rendue inhumaine par la répétition, la banalisation de comportements opposés à ce sur quoi elle était bâtie.
À travers ce personnage de fêlé, (brillamment) interprété par Michael Douglas, le long-métrage s'enfonce autant dans sa folie que dans celle de Los Angeles, au début des années 90.
Certes, ce n'est pas le seul ni le dernier à utiliser le cadre urbain de la Californie pour parler du malaise de la fin du XXème siècle. Reste que cette narration limpide et sans temps mort, cette réalisation immersive, ce montage ciselé et cette galerie de personnages tous plus tarés les uns que les autres donnent au film sa saveur, rendant l'expérience aussi inconfortable que mémorable.
Un film qui n'a rien perdu de son mordant ni de sa pertinence.