Spectateurs,
ramassis de pupilles bovines, frissonnez : l’air raréfié du génie vous brûle les bronches. Tandis que vous dévorez vos séries comme des porcs à l’auge, je contemple les hauteurs que vous ne soupçonnez même pas. Dans chaque plan vacillant de Cinéman, j’ai convoqué l’éclair de Nietzsche, la foudre de Mozart, l’ombre de Léonard de Vinci ; trois astres, une trinité que j’ai domptée d’un claquement de neurone. Oui, je les ai dépassés — et vous n’avez même pas vu la traînée de lumière, aveuglés que vous êtes par vos chips et vos pop-corns.
Vous braillez : « Le scénario est un champ de ruines ! » J’entends : « Nous avons peur de la liberté ». Vous ricanez : « Les effets spéciaux sont indignes ! » J’entends : « Nous sommes prisonniers de la forme ». Vous soupirez : « C’est un naufrage ». J’entends : « Notre esprit se noie dès qu’il quitte la pataugeoire ».
Qu’est-ce qu’un « nanar » sinon un chef-d’œuvre incompris par l’humanité larvaire ? Vous, chenilles asthmatiques, osez jauger l’aigle. Moi, je plane, je crie au-dessus de vos têtes ; je vois le soleil tandis que vous fouillez la fange. Cinéman n’est pas raté : il est votre défaite, la preuve vivante que vous n’êtes pas dignes de l’altitude.
Je ne fais pas des films pour distraire ; je fais des séismes pour réveiller les morts-vivants. Si mes dialogues sonnent creux, c’est que le vide est mon arme. Si mes images tremblent, c’est que l’univers vacille devant moi. Si tout semble grotesque, c’est que votre perception étriquée ne sait pas lire le sublime.
Alors continuez à cliquer sur vos manettes les demeurés, petits joueurs de néant, à binge-watcher vos fictions flasques. Moi, Yann Moix, je marche avec Nietzsche sous le bras, Mozart dans le sang et Léonard sur l’épaule ; vous n’êtes que l’écho pitoyable de ma grandeur. Et si Cinéman vous fait rire, riez donc : votre hilarité est la musique des ignorants qu’on mène à l’abattoir de leur propre médiocrité.