Je ne connais pas le cinéma de Paolo Virzi. Après plusieurs films réalisés aux Etats-Unis, le cinéaste fait son retour en Italie et construit son récit autour d’Adriano (Valerio Mastandrea), silhouette solitaire retranchée dans une maison toscane comme dans une zone d’exil intérieur. D’abord opaque, le film distille peu à peu les éléments d’un drame ancien ayant conduit cet homme devant la justice et, surtout, éloigné de son fils.
C’est dans cette matière du passé, hantée par la mort et la culpabilité, que Paolo Virzì trouve ses plus beaux moments. Les fragments du drame familial émergent avec une pudeur douloureuse, sans grands effets démonstratifs, et donnent au film une profondeur inattendue. Le réalisateur sait filmer les silences, les regards empêchés, les visages usés par le remords. À cet égard, l’interprétation de Valeria Bruni Tedeschi, aussi faussement enjouée qu’elle est désespérée, est plutôt bouleversante de fragilité contenue. Elle apporte une vérité émotionnelle qui irrigue tout le récit.
Le film se disperse davantage lorsqu’intervient la communauté de jeunes hippies installée face à Adriano, menée par la fougueuse Matilde incarnée par Galatea Bellugi. Cette irruption de vitalité devait sans doute ouvrir une voie vers la renaissance, faire revenir le personnage « du côté des vivants ». Mais cette trajectoire plus lumineuse paraît aussi très convenue.
Virzì emprunte alors des chemins narratifs pour exprimer la collision entre les générations, l'apprentissage du lien, la guérison par le collectif. Le procédé atténue de ce fait le mystère initial du personnage. Paolo Virzi porte un regard complaisant et quelque peu paternaliste sur les dynamiques intragénérationnelles.
Reste un film sensible, traversé d’une tristesse sourde, où la Toscane semble elle-même porter les stigmates des êtres qui l’habitent. Même lorsqu’il se fait plus balisé, Paolo Virzì conserve cette délicatesse toute italienne pour raconter les familles disloquées et les vies qui cherchent, malgré tout, une seconde chance.