Mes vacances étant sur le point de commencer, je m'autorise une critique sur le plus grand film de tous les temps selon divers magazines. Le plus grand de tous les temps ai-je dis ? Non je ne pense pas. Pour tout vous dire ce n'est même pas mon Orson Welles préféré (la Soif du Mal :D ). Il reste que Citizen Kane est malgré tout un film passionnant. Passionnant pour de multiples raisons allant de la multitude de symboles, tout au long du film, se rapportant à Welles lui-même, à la qualité même du film tant technique qu'artistique.
Orson Welles est un vrai artiste. Très jeune, il mettait en scène et jouait des pièces de Shakespeare, et a notamment appris le piano à 3 ans. C'est également un acteur formidable comme le démontre son interprétation de la guerre des mondes sur les ondes de la BBC, qui a déclenchée la panique générale dans les rues, les gens croyant vraiment à l'arrivée des extra terrestres (http://www.youtube.com/watch?v=Xs0K4ApWl4g). Toutes ces qualités vont transparaître dans ses films et donc notamment Citizen Kane.
Citizen Kane, c'est une enquête menée par un journaliste sur la mort du magnat de la presse Charles Foster Kane, ou plus précisément sur ces dernières paroles : Rosebud. A travers son enquête pour découvrir qui, ou ce qu'est, Rosebud, on découvre qui était vraiment Kane, sa personnalité, ses amours, son travail..
Je crois que ce qui marque le plus dans ce film, outre son montage non linéaire, peu commun à l'époque, c'est bien l'adresse de Welles dans l'art délicat qu'est le maniement de la caméra. Je ne le savais pas encore, lorsque je l'ai vu pour la première fois, mais Welles est un vrai maître. Citizen Kane n'est presque basé que sur des plans séquences. Et la caméra vole, nous transporte au plus près de l'histoire, et lorsqu'elle se pose on y découvre tout un tas de symboliques qui concernent Welles.
Le parfait exemple pour cette situation est la scène de la cession (appelez ça comme vous voulez ^^) du jeune Charles Foster Kane à un riche banquier. On a une caméra qui bouge constamment, et dont les mouvements sont induits par les personnages qui intéressent Welles, ici la mère de Kane, substitut de celle du réalisateur morte à ses 10 ans. Il la représente forte, ne laissant pas la parole à son mari. Et d'ailleurs quand la caméra se pose, la mère et la banquier sont assis à la table tandis que le père est debout. Il sont en plus séparé par l'encadrement de la fenêtre dans lequel on voit jouer... le jeune Charles Kane. Vous l'aurez compris, le travail de mise en scène de Welles est titanesque, et ce sera le cas pour toute la durée du film.
Attention je spoile à mort maintenant, il en va de la résolution de l'énigme Rosebud. Si vous n'avez pas vu le film arrêtez vous là c'est un conseil.
Rosebud aura été un mystère pour moi tout le long du film. Mais plus je le revois plus je me rend compte que la solution était en fait évidente. Et du coup, une question légitime s'impose : mais pourquoi diantre avoir prononcé le nom de sa luge avant de mourir ? Je ne veux pas dire que ce que je vais proposer là est LA solution. Il y en a beaucoup. Tout dépend de la vision que vous avez du film et plus particulièrement du personnage de Kane. Je le perçois comme un solitaire malgré son apparence grande gueule qui en impose. Il a beaucoup de problèmes avec les femmes, qui viennent très probablement de son enfance loin de sa mère. Alors je pense que sa luge représente bien plus qu'une simple luge. Elle représente l'enfance qu'il n'a jamais eu, et l'amour d'une mère qu'il n'aura pas vraiment connu. Kane était peut-être très riche et avoir bien réussi, mais au fond c'était un pauvre type isolé dans l'immensité de Xanadu (son palais), seul jusqu'à la fin, pensant une dernière fois au seul moment de sa vie où il a vraiment été heureux, loin des médias et de toute civilisation mais surtout, auprès de ses parents. Il faut savoir qu'après avoir perdu sa mère à 10 ans, Welles a vu son père mourir alors qu'il n'avait que 16 ans. Ce film leur est très clairement dédié, à eux mais aussi à son réalisateur. Parce que je pense que le personnage de Kane se rapproche beaucoup de qui était Orson Welles.
Je pourrais continuer encore et encore à en débattre et à en parler tant je trouve ce film passionnant. Autant je ne pense pas qu'il soit le plus grand de tous les temps, autant je comprend que certains puissent le considérer comme tel, tant il est dense au niveau de l'histoire et des personnages. Mais Citizen Kane est avant tout un film personnel pour le grand réalisateur qu'était Orson Welles, et pour lui, une formidable entrée dans l'industrie cinématographique.