Considéré par de nombreux critiques et cinéphiles comme étant le meilleur film de tous les temps, « Citizen Kane » se retrouve très souvent dans les hauts des classements et des sondages. L’œuvre est quasi-biographique, puisqu’inspirée de plusieurs personnages réels, magnat des journaux, et hommes d’affaires, mais il est préférable, à mon sens, de la considérer comme une fiction, puisque c’est ce qu’elle est par définition.
L’histoire raconte la vie de Charles Kane, un idéaliste qui bénéficie de ressources presque illimitées et qui vit dans l’abondance. Le soir de sa mort, la presse se fait l’écho de sa dernière parole « Bouton de rose ». Un journaliste cherche à résoudre le mystère de ces mots et s’en va explorer le passé de l’homme.
L’intérêt du film ne se trouve pas vraiment dans son sujet, mais dans sa forme, sa narration, son identité. C’est en effet un exercice de style très périlleux qu’effectue le talentueux Orson Wells, le réalisateur, avec cette succession de flash-back constituant le fil rouge de l’intrigue. Nombreux de ses confrères ce sont cassés les dents sur cette pratique. Mais le film manie avec brio le temps et le rythme, si bien que le spectateur n’est jamais perdu et ne s’ennuie pas. Il faut dire que le réalisateur a eu une idée géniale, introduire un reportage de dix minutes qui résume la vie de l’homme de manière vulgaire et qui permet au spectateur de connaitre les bases du sujet. Grâce à cette séquence, nous pouvons passer du passé au présent sans avoir le tournis.
Le film est aussi très abouti techniquement avec des profondeurs de champ, des plongées et contreplongées, et des effets de style, en veut-tu en voilà. C’est l’aspect de l’œuvre que j’ai le plus apprécié.
Je n'ai pas été fasciné par cette histoire, mais tous les autres aspects de l’œuvre m’ont convaincu, et j’ai passé un super moment. Le scénario malheureusement, a de quoi laisser perplexe, car en réalité, il ne se passe pas grand-chose dans cette histoire, et on a parfois l’impression d’assister seulement à une nécrologie géante. Je mets aussi un gros bémol sur la conclusion qui manque de sens, même si l’intensité dramatique y est.
Les acteurs sont très bons. Les personnages sont parfaitement définis, et le film s’amuse à explorer leurs complexités de façon à ce qu’on ne sache plus si on les apprécie ou non (c’est aussi ce qui définit cette œuvre selon moi). Les dialogues sont soignés. Les décors (que j’ai adoré) sont immersifs, et apportent parfois une dimension fantastique à l’œuvre. L’ambiance musicale est convenable (pour un film de 1940, j’entends).
Je ne dirais pas de ce film qu’il est le meilleur de tous les temps, malgré ses belles et grandes innovations cinématographiques. L’histoire, bien que prenante, manque un peu d’aboutissants (c’est mon avis). Toutefois, j’ai passé un bon moment, j’ai trouvé la production très réussie, très intelligente et intuitive. Un exemple d’excellence technique, à n’en pas douter.