Samir Amin,écrivain franco-algérien,atteint le sommet de sa carrière en recevant le Prix Nobel de Littérature.Mais le gars est désabusé,il n'a plus d'inspiration,il n'a plus envie de rien et préfère zoner dans sa grande baraque.Alors qu'il refuse les nombreuses sollicitations dont il fait l'objet,il finit par accepter sur un coup de tête l'invitation de Sidi Mimoun,sa ville natale en Algérie,qui veut le faire citoyen d'honneur de la commune.Alors qu'il n'a plus mis les pieds dans le pays depuis 35 ans,il va le redécouvrir,entre émotion et festivités,avant que son séjour ne prenne une tournure plus compliquée."Citoyen d'honneur" est le dernier en date des cinq films réalisés par le Franco-Algérien Mohamed Hamidi.Il l'a coécrit avec Alain-Michel Blanc,adaptant un film argentin de Gaston Duprat et Mariano Cohn sorti en 2016,car oui il s'agit d'un remake.Cela étant,le résultat est très différent dans la mesure où le rapport Argentine-Espagne décrit dans l'original est bien éloigné de celui qui relie la France et l'Algérie.Hamidi donne une mise en scène assez plate mais qui correspond finalement bien à une histoire qui se veut proche des réalités.Ce qu'on peut noter d'emblée est qu'on est assez loin de ce à quoi on pouvait s'attendre de la part des auteurs,à savoir une énième pleurnicherie anti-française glorifiant sans nuance le pays du FLN.Au contraire,le cinéaste fait preuve d'un courage certain en dressant un portrait très critique et corrosif de l'Algérie contemporaine.Le sujet du film prend même à la lumière des évènements récents,principalement l'arrestation de Boualem Sansal, une dimension quasiment prophétique.Le début n'est pas très enthousiasmant et nous immerge dans une joyeuse ambiance caricaturale et folklorique.Amin,à la fois ému,gêné et flatté,est célébré en grande pompe par une population dont la plupart des membres n'a sans doute jamais lu ses livres.Mais c'est une célébrité,et il est de là-bas,donc tout le monde est content et fête le héros local,qu'on trimballe comme un trophée de la mairie à la salle des fêtes,ou d'une master class à une réception.Finalement Samir s'installe gentiment dans cette atmosphère bienveillante et bon enfant,et il est content de retrouver les rues de son enfance,sa maison natale ou le cimetière où reposent ses parents.Cependant il va être progressivement rattrapé par son passé et par les déchirures d'une société algérienne qui n'a pas vraiment évolué depuis son départ.Il va vraiment sympathiser avec son cicerone Miloud,un chaleureux ami d'enfance devenu président du comité des fêtes,avec la jeune rappeuse rebelle Selma et Mehdi,le réceptionniste de son hôtel,un jeune homme qui écrit à ses heures perdues.Mais ces fréquentations ne plaisent pas à tout le monde et notre Nobel en fait l'expérience.L'imam local,qui est le vrai patron du patelin,lui ordonne de se pointer à la mosquée,une famille de voyous tente de le racketter,et l'adjoint à la Culture,une sorte de commissaire politique,le menace carrément,pendant que le maire,un faux-jeton corrompu,tente de ménager la chèvre et le chou,et que le ministre de la Culture,faussement suave,essaie de l'instrumentaliser à des fins de propagande politique.Mais le romancier s'entête et se reconnecte avec ses idéaux de jeunesse,ceux-là même qui l'avaient conduit à fuir l'Algérie.Il prend le parti des révoltés,ce qui s'avère éminemment risqué en dépit de son statut privilégié.Au fond on nous démontre que l'Algérie a de nombreux atouts mais qu'ils sont salement gâchés par un pouvoir sclérosé et un obscurantisme religieux puissant.Le pays n'est ni ce qu'il pourrait être ni ce qu'il devrait être,il n'est que ce qu'il est et on n'y peut pas grand-chose.Il est dommage que la fin énigmatique à double-détente vienne poser un voile de confusion en insérant dans l'intrigue le mélange réalité-fiction propre au travail de l'écrivain.Qu'est-ce qui est vrai ou faux?Que s'est-il réellement passé?On ne sait pas trop et ce flou dessert le récit.Les paysages sont très beaux mais ce sont ceux du Maroc,car évidemment,vu le contenu du film,on n'a pas eu l'inconscience de tourner en Algérie,il eût été regrettable que toute l'équipe finisse égorgée par les sbires du président Tebboune.La distribution est essentiellement composée de véritables franco-algériens et présente une sélection des meilleurs acteurs arabes du cinéma français.Kad Merad,dans ses bons jours,campe avec subtilité et autorité cet homme confronté à son passé et à tout un tas d'émotions contradictoires.Il était déjà dans le Hamidi précédent,"Une belle équipe",sorti en 2020.Fatsah Bouyahmed est encore une fois formidable en guide fan de l'écrivain,il est à la fois drôle,émouvant et plein d'humanité.Il est bien connu pour son rôle dans la série "La petite Histoire de France",mais c'est aussi un habitué des films d'Hamidi puisqu'on l'a vu dans "Né quelque part" en 2013,et surtout dans "La vache" en 2016,dont il était la vedette.Oulaya Amamra,révélée elle aussi en 2016,dans "Divines",est l'actrice idéale pour le personnage de la rappeuse revendicative,un emploi qui lui convient beaucoup mieux que celui de mousquetaire.Brahim Bouhlel est ici très convaincant,nettement plus que dans "Medellin", en hôtelier-étudiant-écrivain irrésistiblement sympathique.Zinedine Soualem est comme de coutume parfait,incarnant efficacement un glaçant adjoint à la Culture dévolu au Pouvoir.Et Hedi Bouchenafa est tranchant en racaille agressive,sa gueule de rebeu flippant faisant son effet.Jamel Debbouze n'a qu'un petit rôle mais il parvient quand même à en faire trop.Il est là parce qu'il est pote avec Hamidi,il était d'ailleurs comme Bouyahmed dans "Né quelque part" et "La vache".La partie française,à l'entame du film,est courte et ne laisse guère de place aux comédiens pour exister.Du reste on a engagé des habitués de la téloche.Anne-Elisabeth Blateau,de "Scènes de ménages", fait le job en agent littéraire zélé de Samir,qui veut secouer son poulain démotivé.On remarque aussi deux permanents du feuilleton culinaire de TF1 "Ici tout commence",Louis Ould-Yaou,d'ailleurs excellent,qui est le fils du grand homme,et la mignonne Laurence Facelina en journaliste questionneuse.Le film est joliment emballé par une musique énergique signée Ibrahim Maalouf.Note et critique de film de Mohamed Hamidi publiées précédemment:"Jusqu'ici tout va bien"-3.Moyenne:4,5.