Clair de femme
6.2
Clair de femme

Film de Costa-Gavras (1979)

Comme une cuillère de Nesquik dans ton Lagavulin

Si je n’avais pas su que le père Costa-Gavras était aux commandes de ce drame singulier, je n’aurais jamais parié un rouble sur cette parenté. Si l’on y retrouve son habileté à capturer, sans avoir l’air d’y toucher, les êtres dans ses cadres, pour le reste, Clair de femme est un exercice de style complètement à part dans ce que j’ai vu du bonhomme. Une illustration douce amère de la mélancolie, une dissection éprouvante de la psyché humaine, un cadavre exquis mené par des funambules de la punchline dont l’objectif est de mettre à mort espoir et bonne humeur.


Il ne manquait à tout cela qu’un rythme en dents de scie pour finir d’achever le pauvre spectateur avide d’expériences nouvelles qui aurait lancé le film avec le sourire. Car l’addition est salée, Montand, éternel habitué des planches labellisées CG, retrouve à l’écran Romy Schneider pour composer 2 heures d’une déprime insolente. Comme si Sautet rencontrait Blier, ce dernier oubliant de faire rire. Le burlesque se met alors en marche pour assécher les cœurs, et ça fonctionne, terriblement.


Pourtant, et c’est certainement le plus troublant, malgré l’ambiance pesante qui plane sur Clair de femme, on se laisse aller parfois à sourire, à rire —jaune— même, et ce en dépit du désespoir extrême qui anime les paires de lèvres présentes à l’image. Toutes sont prisonnières d’un corps meurtri, d’une âme en peine ou d’un esprit perdu, bref d’un bonhomme peu engageant, de ceux qui savent parfaitement vous trouver alors qu’ils ont un coup de trop dans le nez passé minuit.


Clair de femme c’est un peu ça. Prisonnier d’un compagnon opportuniste de beuverie qui a beaucoup d’avance, il est question de rester stoïque, et d’encaisser la conversation à sens unique, d’acquiescer du bec toutes les 5 minutes en espérant secrètement qu’un coma éthylique viendra sonner la délivrance de l’intarissable bavard. En se laissant surprendre cependant par les sursauts d’esprit du triste gay luron quand il fait preuve d’un sens de la formule qui fait mouche.


Bref, Clair de femme est un film insaisissable, très particulier. Une expérience troublante qui ne manque pas d’intérêt mais qui requiert un certain investissement. Il faut être prêt à se laisser porter par les dialogues, à faire confiance aux comédiens, et plus compliqué, à faire face à l’ennui relayé par l’immobilisme des différents personnages en puissance. Mais le jeu en vaut la chandelle, l’effort permet en effet de saisir, au cœur de cette réflexion d’une tristesse à rigoler, une émotion pure particulièrement troublante que parviennent à rendre de manière fugace, mais néanmoins puissante, deux âmes en peine qui passent leur temps à se redresser mutuellement, tout en s’excusant d’essayer d’apprendre à vivre.




6.5/10

oso
7
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste L'ours, Homo Video, en 2017

Créée

le 6 juin 2017

Critique lue 1.4K fois

oso

Écrit par

Critique lue 1.4K fois

14
11

D'autres avis sur Clair de femme

Clair de femme

Clair de femme

4

Val_Cancun

2673 critiques

La profanation du malheur

Une tentative audacieuse d'adapter l'univers singulier de Romain Gary, de la part du réalisateur Costa-Gavras, qui change résolument de style à cette occasion, lui l'habitué des récits politiques et...

le 24 nov. 2018

Clair de femme

Clair de femme

7

oso

913 critiques

Comme une cuillère de Nesquik dans ton Lagavulin

Si je n’avais pas su que le père Costa-Gavras était aux commandes de ce drame singulier, je n’aurais jamais parié un rouble sur cette parenté. Si l’on y retrouve son habileté à capturer, sans avoir...

le 6 juin 2017

Clair de femme

Clair de femme

7

ecotone

30 critiques

Critique de Clair de femme par ecotone

Désespéré, Michel erre dans les rues. Cette nuit, sa femme va mettre fin à ses jours afin d'échapper à la maladie. Au gré du hasard, il va faire plusieurs rencontres dont celle de Lydia. Il voit en...

le 3 mars 2012

Du même critique

La Mule

La Mule

5

oso

913 critiques

Le prix du temps

J’avais pourtant envie de la caresser dans le sens du poil cette mule prometteuse, dernier destrier en date du blondinet virtuose de la gâchette qui a su, au fil de sa carrière, prouver qu’il était...

le 26 janv. 2019

Under the Skin

Under the Skin

5

oso

913 critiques

RENDEZ-MOI NATASHA !

Tour à tour hypnotique et laborieux, Under the skin est un film qui exige de son spectateur un abandon total, un laisser-aller à l’expérience qui implique de ne pas perdre son temps à chercher...

le 7 déc. 2014

Dersou Ouzala

Dersou Ouzala

9

oso

913 critiques

Un coeur de tigre pour une âme vagabonde

Exploiter l’adversité réservée par dame nature aux intrépides aventuriers qui pensent amadouer la rudesse de contrées qui leur sont inhospitalières, pour illustrer l’attachement réciproque qui se...

le 14 déc. 2014