Cleopatra
6.6
Cleopatra

Long-métrage d'animation de Osamu Tezuka et Eiichi Yamamoto (1970)

Poursuite de notre exploration de l’univers des Animerama avec ce 2e opus, Cléopatra (ou plutôt Kureopatora), à la fois plus déjanté et plus mélancolique que son prédécesseur Mille et une Nuits.


Le moins que l’on puisse dire est que Tezuka et Yamamoto n’ont pas lésiné en moyens pour dérouter le public (ce qui pourrait expliquer l’échec commercial du film). Ainsi Cléopatra s’ouvre comme son titre le laisse deviner…dans l’espace ; dans un prologue sous forme de film de SF tourné en décor réel avec seuls les visages des personnages dessinés (encore un effet déroutant), 3 astronautes sont envoyés dans le passé où leur esprits s’incarnent dans des corps de contemporains de Cléopâtre (un esclave, une servante et un léopard) afin d’en savoir plus sur la célèbre reine d’Egypte et ainsi déjouer un complot extra-terrestre (ne cherchez pas à comprendre, il n’en sera plus question pendant presque tout le restant du film).


Le reste du film donc, consiste en une relecture des principaux épisodes de la saga de Cléopâtre, de son entrée à Alexandrie à son suicide, en passant bien sûr par sa relation avec César (ici de couleur verdâtre) et Marc-Antoine (dépeint en petit gros complexé à des kilomètres de Richard Burton). Le tout baignant dans un esprit potache et libertaire, marqué par de très nombreux clins d’œil complètement téléphonés aux anime et films nippons de l’époque (mais que font Astroboy et Toshiro Mifune dans l’Egypte antique ?) et de scènes hallucinées et extravagantes tels le triomphe à Rome, débauche de références à l’Histoire de l’Art où l’assassinat de César en mode théâtre No.


Comme pour Mille et une Nuits, l’érotisme est présent. Là encore les scènes érotiques sont l’occasion d’expérimentations assez poussées comme cette scène de bain imprimé sur papyrus, où cet ébat lesbien suggéré par un effet miroir du psychédélisme le plus pur.


L’humour est très grivois, dans le style de l’époque, ce qui n’a toujours bien vieilli (Octavien en grande folle, moyen, moyen !) Quand à la fidélité à la réalité historique, elle n’est clairement pas le but recherché.


Néanmoins, l’humour n’est là que comme un moyen d’alléger la profonde mélancolie qui enveloppe tout le film. Comme la sorcière de Belladonna, Cléopâtre est une figure tragique, prisonnière de d’une beauté factice (elle a recours au début du film à de la chirurgie esthétique) et n’ayant pas choisi le destin de femme fatale qu’on lui connait. Plus encore que dans Mille et une Nuits qui en présentait déjà les esquisses, Cléopatra dévoile donc le thème majeur de la brève mais majeure filmographie de Yamamoto : la femme dans un monde codifié par l’homme, n’ayant d’autre moyen de défense que la ruse et la séduction.


Il ne faudra pas moins que la rage de la jeune servante, du haut d’une pyramide en pleine tempête de sable sous l’air émouvant composé par Isao Tomita, pour conclure cette épopée crépusculaire et décalée.

kingubu88
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le 16 juin 2019

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