C'est un Kevin Smith ayant survécu à un infarctus "faiseur de veuve" qui va s'atteler à l'écriture de ce Clerks III en puisant comme toujours dans son vécu et surtout dans ce que cette expérience qui l'a forcé à contempler sa propre mort a eu de déterminant pour lui.
On parlera donc beaucoup de la mort, et de la vie, forcément, dans ce volet qui conclut la trilogie. Le film est d'ailleurs bien plus réussi lors des scènes destinées à toucher que lors de celles destinée à faire rire, mais cette sorte de message sur la vie et la mort, cette catharsis faisant écho à sa propre expérience que le réalisateur cherche à transmettre tout au long de ce film, prime sur toute autre considération et prive paradoxalement un peu ce troisième volet de l'énorme force primale aussi bien comique qu'emplie d'une inquiétude quasi existentielle qu'on pouvait trouver dans son premier film ou du côté rigolard, foutraque, potache et insouciant du second volet.
Ce troisième volet est une réflexion méta pleine de clins d’œil à son propre travail de réalisateur et, comme à l'accoutumée, au cinéma des autres qui a aussi participé à construire son identité de spectateur comme de cinéaste. Le film est donc ,bourré de references diverses et porte un regard teinté de nostalgie et matiné de recul ironique sur trente années à faire des films dans lequel Smith finit par se perdre un peu a force de se regarder le nombril. C'est pourtant dans le ton plus grave que ce à quoi Smith nous avait habitué depuis son Chasing Amy, que ce bon vieux Kevin déploie le mieux son talent et son propos ici.
Clerks III est donc le moins réussi de la trilogie. C'est une conclusion qui, dans son aspect metafictionnel, cherche à boucler la boucle mais forcément abouti à faire tourner tout ça un peu en rond. Le film réussit pourtant là où on ne l'attendait pas forcément: dans ses moments touchants et sincères mêlant réflexions existentielles et questionnements sur l'importance du cinéma dans nos vies et sur la fine ligne de démarcation entre l'ouverture sur le monde qu'il procure et les horizons de nos vies qu'il masque.
Un film plus touchant que drôle. Un film dans lequel Kevin Smith cherche à donner un retentissement universel à une expérience personnelle en forçant un peu trop le trait, sans doute, mais qui atteint son but tout de même. Un film qui ressemble pas mal à la vie de ses protagonistes comme de ses spectateurs en somme, en ce qu'il n'est ni tout à fait réussi, ni tout à fait raté.